Certains livres, comme Les Naufragés de la mère, s’imposent d’abord par leur exigence littéraire et la puissance de leur écriture, tout en portant une nécessité intime : donner voix à l’absence, traverser les silences de la mémoire familiale, et transmettre la possibilité d’une reconstruction.
Les questions liées à l’enfance blessée, aux conflits parentaux et aux mécanismes de résilience continuent d’occuper une place centrale dans les débats contemporains, tant sur le plan sociologique que psychologique. Dans ce contexte, la parole artistique, qu’elle soit visuelle ou littéraire, apparaît comme un vecteur privilégié pour traduire l’indicible et interroger les trajectoires individuelles.
C’est dans cette perspective que s’inscrit Les naufragés de la mère, premier roman autobiographique de Laïna Hadengue, artiste peintre, plasticienne et vidéaste reconnue sur la scène contemporaine internationale.
Remarquée pour son engagement en faveur de la liberté d’expression après la censure de son œuvre par Instagram en 2018, elle choisit aujourd’hui l’écriture pour prolonger et transformer son œuvre plastique.
Ce récit au croisement de l’autofiction, de l’histoire de l’art et de la psychologie explore l’abandon maternel, l’emprise affective, la condition des « enfants valises » et la reconstruction identitaire par la création artistique. 
Un récit sur l’abandon maternel, les « enfants valises » et la reconstruction identitaire
Avec Les naufragés de la mère, Laïna Hadengue propose un récit centré sur le personnage d’Iris, dont le parcours retrace une enfance marquée par l’abandon maternel, la violence du divorce et les conséquences durables des conflits conjugaux sur les enfants. Le roman met en lumière la figure des « enfants valises », contraints de naviguer entre deux foyers dans un contexte de tensions judiciaires et émotionnelles.
À travers cette trajectoire, l’auteure interroge des mécanismes souvent invisibilisés : instrumentalisation des enfants, conflits d’autorité parentale, reconstruction identitaire dans un environnement instable.
Réhabiliter la figure paternelle, interroger le lien mère-fille
Loin d’une approche strictement narrative, le texte s’inscrit dans une réflexion plus large sur les dynamiques familiales contemporaines. Il aborde la complexité du lien mère-fille, le poids du non-dit, les limites du pardon et les processus de deuil liés à l’absence.
En parallèle, il met en valeur la réhabilitation de la figure paternelle, souvent reléguée dans les récits classiques de séparation.
L’art, espace de reconstruction face à la douleur
Au cœur du récit, l’art occupe une place structurante. Pour Iris, il constitue un espace de reconstruction, un langage alternatif face à la douleur et à la fragilité psychique. Le roman est traversé par de nombreuses références à l’histoire de l’art, notamment à La Chambre bleue de Picasso, qui vient nourrir une réflexion sur la représentation du corps, de l’intimité et de la solitude.
Cette dimension artistique ne se limite pas à une simple illustration culturelle : elle devient un outil narratif à part entière, participant à la transformation de l’expérience vécue.
Se réapproprier son histoire par la création
La trajectoire d’Iris met en évidence le rôle de la création dans les processus de résilience. L’art apparaît ici comme une voie possible pour se réapproprier son histoire, lui donner forme et en modifier la portée symbolique. 
Une écriture qui grandit avec Iris : de la candeur enfantine à la lucidité analytique
Le style adopté dans Les naufragés de la mère accompagne l’évolution du personnage principal. Le texte débute dans une tonalité marquée par la candeur enfantine, avant de s’orienter progressivement vers une écriture plus analytique et lucide. Cette progression stylistique reflète les étapes de maturation d’Iris, mais aussi le travail de mémoire et de compréhension engagé par l’auteure.
L’écriture se veut à la fois précise et poétique, mêlant souvenirs personnels, réflexions psychologiques et fresques historiques.
Ancrage historique dans les années 1960-1970
Ce choix formel permet d’ancrer le récit dans une temporalité identifiable, les années 1960-1970, tout en offrant une lecture contemporaine des problématiques abordées. Cette dimension historique enrichit la compréhension des dynamiques familiales et sociales décrites dans le roman.
Un roman salué pour sa force émotionnelle et sa justesse
Depuis sa parution, le roman suscite des retours qui soulignent la force émotionnelle du texte et sa capacité à aborder des sujets sensibles avec justesse. Cette réception met en avant la singularité du projet : un passage de l’image à l’écriture qui ne constitue pas une rupture, mais une continuité dans la manière de traiter les mêmes questionnements. 
Laïna Hadengue, d’une reconnaissance artistique internationale à l’écriture romanesque
Née en 1962 à Valence, Laïna Hadengue est une artiste peintre, plasticienne et vidéaste qui vit et travaille à Toulouse. Issue d’une lignée d’artistes et d’intellectuels, elle développe une œuvre dès l’âge de 15 ans. Son parcours s’inscrit dans une reconnaissance progressive sur la scène artistique internationale. Elle participe notamment à la Biennale de Venise en 2017.
En 2018, la censure par Instagram de sa toile Le Fil des jours, consacrée à la ménopause, suscite un large écho médiatique et donne lieu à une lettre ouverte publiée dans Art Press en défense de la liberté d’expression. En 2025, elle représente la France lors de l’exposition Women in Art à Prague.
De la peinture à l’écriture, une continuité thématique autour de l’émancipation et de la mémoire
Avec Les naufragés de la mère, elle prolonge aujourd’hui son œuvre plastique par une démarche romanesque, explorant des thématiques déjà présentes dans son travail visuel : mémoire, émancipation, formes d’oppression et reconstruction identitaire.
À l’origine de ce premier roman, il y a une nécessité, celle de donner forme à une expérience intime, mais aussi de proposer une lecture accessible de problématiques souvent complexes.
Le choix de l’autofiction permet de conjuguer fidélité au vécu et liberté narrative, offrant un espace de mise à distance et de transformation. Le récit ne se limite pas à une restitution des faits, mais engage un travail de recomposition, de mise en sens et de transmission. 
Une œuvre qui dépasse les frontières entre peinture, écriture et reconstruction intime
Par son positionnement, Les naufragés de la mère s’adresse à plusieurs types de lecteurs et d’acteurs : amateurs de littérature contemporaine, professionnels du livre, mais aussi publics sensibles aux enjeux psychologiques et familiaux. En articulant récit autobiographique, réflexion psychologique et références artistiques, le livre offre une lecture dense et nuancée des mécanismes de reconstruction.
Il interroge la place de l’art dans les trajectoires individuelles et ouvre un espace de dialogue sur des sujets encore largement sensibles.
Ce passage de la peinture à l’écriture ne constitue pas un changement de cap, mais une extension du champ d’expression de l’artiste, confirmant la capacité de la création à se réinventer pour mieux saisir les réalités humaines.
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