Tout commence par un silence.
Trois siècles durant, celui de Charles-François Grégoire de La Ferté (1666–1746) s’est étendu comme une page blanche dans l’histoire du baroque français.
Compositeur central de son époque, mais disparu des mémoires, il semblait condamné à l’oubli jusqu’à ce que trois jeunes musiciens, en 2022, redécouvrent un recueil de ses sonates pour violon et basse continue.
De cette révélation est né l’Ensemble La Ferté, aventure musicale et humaine portée par une même fascination : celle d’une écriture singulière, libre, à la croisée de Lully et de l’Italie.
Leur premier album, Sonates oubliées de Charles de La Ferté (Paraty Label – distribution PIAS / Universal, sortie le 28 novembre 2025), prolonge cette redécouverte sur disque et sur scène, entre rigueur historique et vitalité créatrice.
La redécouverte d’un compositeur effacé : la naissance d’une aventure musicale
Il arrive parfois qu’un ensemble naisse d’un choc esthétique. En 2022, trois jeunes musiciens, explorant les archives de la musique française du XVIIᵉ siècle, tombent sur un recueil de sonates de Charles-François Grégoire de La Ferté.
Ce compositeur, pourtant actif dans les cercles parisiens de son temps, est aujourd’hui presque invisible : aucun disque, peu de traces dans la mémoire musicale collective.
À la lecture de ses pages, une évidence s’impose : ce langage ne ressemble à rien de connu. Héritier de Lully par son élégance et sa clarté, mais traversé d’une sensibilité italienne, liberté du rythme, audace du contrepoint, souplesse du phrasé, il se tient à la frontière entre deux mondes. La Ferté y déploie une écriture d’une finesse rare, où le violon chante, improvise presque, et où la basse continue soutient plus qu’elle n’accompagne.
Cette rencontre agit comme une étincelle.
De l’émotion de la première lecture naît une mission : rendre justice à un compositeur oublié, redonner corps à sa voix singulière, et interroger ce que le baroque français peut encore dire aujourd’hui.
Ainsi se fonde l’Ensemble La Ferté, à la croisée de la recherche, de l’interprétation et de la création vivante.
Sonates oubliées de Charles de La Ferté : la fabrique d’un son français retrouvé
Ce premier enregistrement (Paraty Label – distribution PIAS / Universal, sortie le 28 novembre 2025) n’est pas seulement un hommage : c’est une reconstruction sensible du style français, telle qu’elle pouvait s’incarner à la charnière du XVIIᵉ et du XVIIIᵉ siècle.
Pendant trois ans, les musiciens ont bâti patiemment un véritable laboratoire sonore :
- Le violon tenu bas, comme le pratiquaient les instrumentistes de l’époque, pour privilégier la rondeur et la résonance ;
- L’archet à la française, court, nerveux, propice à l’articulation du discours ;
- Une ornementation nourrie des traités de Muffat et Montéclair, où chaque agrément devient élément de langage ;
- Des contreparties de viole de gambe écrites dans l’esprit des pratiques anciennes ;
- Et l’usage ponctuel, mais historiquement fondé, de l’orgue positif, rare dans ce répertoire mais d’une grande noblesse de timbre.
À ce socle instrumental s’ajoute une dimension corporelle et poétique.
Grâce à la collaboration avec la danseuse et chercheuse Irène Ginger, l’Ensemble La Ferté a replacé cette musique dans son espace naturel : celui du geste, du corps et du mouvement. La danse baroque, matrice invisible du style français, éclaire ici chaque phrasé, chaque respiration.
Ainsi, Sonates oubliées de Charles de La Ferté dépasse la redécouverte pour devenir un acte d’interprétation global, une recherche du souffle originel où le savant et le sensuel ne font plus qu’un.
Loin de l’archéologie sonore, ce disque affirme la vitalité d’un baroque incarné, pensé pour la scène autant que pour le disque, pour l’émotion autant que pour la connaissance.
CavrosArts : la musique ancienne comme territoire d’avenir
L’histoire de l’Ensemble La Ferté est indissociable de celle de CavrosArts, un festival né au cœur de la Vallée de Chevreuse, territoire où nature, patrimoine et culture dialoguent depuis des siècles.
Fondé et dirigé par des artistes, CavrosArts est avant tout un collectif, une communauté de musiciens convaincus que la musique ancienne ne se limite pas à la restitution, mais qu’elle peut nourrir la vie contemporaine des territoires.
Chaque saison, le festival investit églises, sites patrimoniaux, musées, jardins pour y faire résonner les répertoires anciens. Il y mêle concerts, projets pluridisciplinaires et actions pédagogiques, afin de rapprocher création artistique et vie locale.
Le festival, placé sous le parrainage du claveciniste Pierre Hantaï, s’est entouré de partenaires fidèles :
- Le Musée National de Port-Royal des Champs, haut lieu du patrimoine spirituel et artistique français, partenaire de plusieurs événements sur la saison 2024–2025 ;
- Le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse, qui soutient les actions pédagogiques et la diffusion locale.
Face à la raréfaction des soutiens publics, CavrosArts démontre la vitalité d’un modèle alternatif, fondé sur l’autonomie, la solidarité et la créativité d’une jeune génération d’artistes, capable de faire de la culture un levier d’attractivité et de cohésion.
De jeunes ensembles y ont déjà trouvé un espace d’expression : Les Flots Baroques, la Compagnie Basse Altitude, Poséidon, OVNI Baroque, Les Aequinoxes, et bien sûr l’Ensemble La Ferté, dont il fut le berceau.
CavrosArts n’est pas seulement un festival : c’est un lieu d’expérimentation et de circulation, où les projets se nourrissent les uns des autres et où se dessine la relève du baroque français.
Salle Cortot : le retour à la scène, le souffle retrouvé
Le vendredi 13 février 2026 à 20h, l’Ensemble La Ferté présentera son programme à la Salle Cortot (Paris), l’un des lieux les plus emblématiques de la musique de chambre française.
Ce concert marquera la rencontre entre la rigueur du travail de recherche et la liberté de l’interprétation vivante.
Dans cet écrin historique, la musique de Charles de La Ferté retrouvera son souffle premier : celui d’un art de la conversation, de la danse, du mouvement.
Pour le public, ce sera l’expérience d’une redécouverte sensible, à la fois savante et immédiate, un voyage dans le temps où la musique parle au présent.
L’esprit La Ferté : entre mémoire et invention
Au-delà de la musique, l’Ensemble La Ferté porte une vision artistique globale : celle d’une création enracinée dans la mémoire, mais tournée vers le présent.
La redécouverte de La Ferté n’est pas une fin en soi : elle devient un prétexte à repenser la pratique baroque comme un art du dialogue. Dialogue entre passé et présent, entre savoir et instinct, entre la scène et le territoire.
L’ensemble se veut à la fois chercheur, interprète et passeur.
Ses collaborations avec des danseurs, des chercheurs, des pédagogues prolongent cette approche transversale, où la connaissance musicologique nourrit la poésie du geste.
Dans cette tension féconde entre rigueur et imagination se dessine un projet artistique profondément cohérent : rendre vivant ce qui fut, et le partager.
Informations pratiques
- Album : Sonates oubliées de Charles de La Ferté ;
- Label : Paraty Label – distribution PIAS / Universal ;
- Sortie : 28 novembre 2025 ;
- Concert de lancement : Salle Cortot (Paris), vendredi 13 février 2026 à 20h ;
- Festival CavrosArts : Vallée de Chevreuse, sous le parrainage de Pierre Hantaï ;
- Partenaires : Musée national de Port-Royal des Champs, Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse.
En savoir plus
Facebook : https://www.facebook.com/cavrosarts
Instagram : https://www.instagram.com/ensemblelaferte?igsh=ZGYzaDdkdmxmYW9v

