Baromètre des carrières infirmières 2026 : trois ans après, l’envie d’évoluer gagne du terrain, l’accompagnement reste à la traîne

Trois ans peuvent suffire à faire basculer une interrogation professionnelle en véritable envie de mouvement.

En 2023, le premier Baromètre des carrières infirmières avait mis des données nationales sur une réalité jusque-là surtout racontée à travers des témoignages : fatigue, difficultés d’exercice, questionnements sur l’avenir.

En 2026, Charlotte K renouvelle l’exercice avec l’IFOP et introduit une dimension nouvelle : celle du temps.

Pour la première fois, l’étude permet de mesurer ce qui a changé dans le vécu professionnel et les aspirations des IDE. Et la trajectoire qui se dessine est claire : les fragilités persistent tandis que l’envie de faire évoluer sa carrière gagne du terrain, sans que les possibilités d’accompagnement progressent au même rythme.

Un décalage qui replace la gestion des parcours au cœur des enjeux d’attractivité et de fidélisation de la profession infirmière.

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Trois ans plus tard, le signal se confirme

En 2023, Charlotte K avait voulu transformer une accumulation de témoignages en données mesurables. Fatigue, envie de changer, difficulté à identifier les possibilités d’évolution : les mêmes récits revenaient depuis plusieurs années auprès de Charlotte Kerbrat, ancienne infirmière et fondatrice de Charlotte K.

La première édition du Baromètre, réalisée par l’IFOP auprès de 4 183 IDE, avait donné une photographie nationale de cette réalité. En 2026, l’intérêt est désormais de comparer.

Réalisée par l’IFOP pour Charlotte K auprès de 1 662 infirmières et infirmiers du 8 juin au 6 juillet 2026, cette deuxième vague intègre notamment la réforme 2025 du métier, la rémunération et la situation des libéraux. La représentativité est assurée par redressement sur les statistiques de la DREES selon le sexe, l’âge, la région et le mode d’exercice.

Satisfaction en baisse, fatigue presque généralisée

En 2026, 31 % seulement des IDE interrogés se déclarent satisfaits de leur situation professionnelle, contre 36 % en 2023. À titre de comparaison, la norme IFOP atteint 78 % chez les salariés français.

Dans le même temps, 75 % décrivent un état d’esprit davantage négatif que positif, 94 % se disent fatigués et 61 % déclarent qu’ils ne choisiraient pas à nouveau le métier d’infirmier.

Le Baromètre mesure aussi une forte exposition déclarée au burn-out : 63 % indiquent en avoir déjà vécu un. Parmi l’ensemble des répondants, 31 % déclarent qu’un burn-out a été diagnostiqué par un professionnel de santé.

Cette distinction est essentielle : il s’agit d’un vécu déclaré, et non d’un taux de diagnostic médical appliqué à l’ensemble de la profession.

Parmi les difficultés les plus citées figurent la surcharge de travail pour 58 %, une santé psychologique fragilisée pour 49 % et la déshumanisation du soin pour 40 %.

Responsabilités et rémunération : un décalage largement ressenti

Autre point de tension : 88 % des répondants considèrent leur rémunération inadaptée à leurs responsabilités.

Pour augmenter leurs revenus sans changer de métier, 73 % ont mis en place au moins une action au cours des trois dernières années : heures supplémentaires pour 37 %, cumul d’activités pour 21 %, intérim pour 14 %.

Parmi les salariés, 70 % déclarent travailler au-delà de la durée prévue par leur contrat.

La réforme 2025 du métier infirmier suscite elle aussi davantage d’interrogations que d’adhésion. Parmi les 91 % qui en ont entendu parler, 49 % se disent préoccupés par une hausse des responsabilités sans garantie de revalorisation, tandis que 1 % seulement estiment qu’elle améliorera concrètement leur exercice quotidien.

Le vrai basculement depuis 2023 : l’envie de mouvement

C’est l’une des évolutions les plus nettes du Baromètre : 87 % des IDE envisagent une évolution ailleurs que dans leur situation actuelle, contre 79 % en 2023.

L’idée d’un changement de métier progresse elle aussi : 63 % l’envisagent, contre 57 % trois ans plus tôt, dont 25 % entièrement hors du secteur de la santé.

Mais vouloir évoluer ne signifie pas nécessairement vouloir quitter les soins. Un projet peut prendre des formes très différentes : changer de poste, de spécialité, de statut ou de rythme, évoluer dans le métier ou se reconvertir.

La vraie difficulté se situe souvent ailleurs : dans le passage de l’envie à l’action.

L’envie est là. L’accompagnement beaucoup moins.

Parmi les IDE qui envisagent une évolution professionnelle, les principaux freins cités sont l’impossibilité d’arrêter de travailler ou de se former en parallèle pour 35 %, le financement d’une formation pour 34 % et l’impact sur la vie personnelle pour 31 %.

Par ailleurs, 46 % des IDE souhaiteraient réaliser un bilan de compétences sans l’avoir encore fait.

Le décalage est particulièrement marqué chez les salariés, qui représentent 84 % de l’échantillon : 69 % ont pensé à démissionner au cours des douze derniers mois, mais 87 % déclarent que leur établissement ne leur a jamais proposé d’accompagnement à l’évolution professionnelle.

Une question s’impose alors : combien de projets de départ pourraient, en réalité, être des projets d’évolution ?

Chez les libéraux aussi, l’idée de partir s’installe

Le Baromètre 2026 s’intéresse aussi plus précisément aux IDE libéraux, qui représentent 16 % de l’échantillon.

Parmi eux, 76 % disent avoir envisagé de cesser leur activité. Chez ceux qui ont envisagé cette cessation, 52 % citent notamment l’épuisement et le rythme de travail.

Autre enseignement : 74 % des libéraux interrogés n’ont bénéficié ni d’un accompagnement ni d’une formation lors de leur installation, alors que 56 % auraient souhaité en bénéficier.

Là encore, le sujet dépasse la seule reconversion : il interroge la manière dont les parcours infirmiers sont accompagnés, depuis l’installation jusqu’aux phases de transition.

Mesurer pour sortir du choix binaire « rester ou partir »

Pour Charlotte K, cette deuxième édition doit permettre de documenter les carrières infirmières dans la durée et de nourrir le débat sur l’attractivité, les conditions de travail et la fidélisation de la profession.

« Nous les infirmières connaissons notre réalité mieux que personne. Notre avenir nous appartient, et les solutions pensées pour les infirmières doivent se construire entre personnes qui se comprennent », souligne Charlotte Kerbrat.

Ancienne infirmière diplômée en 2014, passée par l’hôpital et l’EHPAD, elle crée Charlotte K en 2019 après avoir elle-même constaté combien les possibilités d’évolution après le diplôme d’État restent difficiles à identifier.

Aujourd’hui, Charlotte K, organisme de formation certifié Qualiopi et membre des Acteurs de la compétence, réunit 30 anciennes infirmières devenues consultantes en bilan de compétences, psychologues, titulaires d’un master en psychologie du travail ou certifiées RNCP. Plus de 4 500 IDE ont été accompagnés depuis 2020.

L’objectif n’est pas de pousser au départ, mais de permettre de choisir : rester IDE autrement, changer d’environnement, évoluer dans les soins ou se reconvertir.

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Des données accessibles pour nourrir le débat

Le rapport IFOP complet de 47 pages est disponible librement, sans formulaire, ainsi que les résultats détaillés en ligne. Des tris complémentaires peuvent être transmis aux journalistes sur demande.

Charlotte Kerbrat est disponible pour des interviews et Charlotte K peut également proposer des mises en relation avec des IDE souhaitant témoigner, sous réserve de leur accord.

Étude réalisée par l’IFOP pour Charlotte K : https://www.charlottek.fr/barometre-carrieres-infirmieres-2026/

En 2026, Charlotte K fédère également une communauté de 50 000 infirmières et infirmiers, un blog de plus de 280 articles, le podcast Vies d’infirmières et une chaîne YouTube dépassant 1,2 million de vues. Charlotte Kerbrat est également l’autrice de Infirmière : je fais quoi après ? (Vuibert, 2024).

Basée à Brest et active dans toute la France, Charlotte K poursuit une même mission : prendre soin de celles et ceux qui prennent soin.

En savoir plus

Le baromètre : https://www.charlottek.fr/barometre-carrieres-infirmieres-2026/

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