Pourquoi les décisions les plus importantes de la maîtrise d’œuvre continuent-elles d’être prises avec une connaissance partielle du paysage concurrentiel ?
Après trente ans de dématérialisation des procédures, la commande publique reste paradoxalement un marché où les décisions stratégiques reposent encore largement sur des informations fragmentées.
Avant même de rédiger une candidature, les équipes de maîtrise d’œuvre doivent répondre à quatre questions décisives :
- faut-il répondre ?
- avec quels partenaires ?
- face à quels concurrents ?
- quelles sont les chances réelles de succès ?
Ces arbitrages mobilisent plusieurs jours de travail et plusieurs entreprises, alors même qu’ils sont souvent réalisés à partir d’une connaissance incomplète du marché.
L’analyse de plus de 75 000 projets et de 21 000 entreprises réalisée par IRMA met en évidence une évolution profonde : le principal déficit de la commande publique n’est plus celui des compétences, mais celui de la visibilité.
« Nous sommes probablement en train d’assister au passage d’une culture de la réponse intensive à une culture de la réponse stratégique », observe Étienne Bourdais, architecte et fondateur d’IRMA.
Une révolution silencieuse en cours
Dans la plupart des secteurs économiques, les décisions sont prises après une analyse approfondie du marché.
Une entreprise étudie ses concurrents avant de lancer un produit.
Un investisseur observe les forces en présence avant de prendre une position.
Une équipe sportive prépare une compétition en analysant précisément ses adversaires.
La maîtrise d’œuvre, elle, continue souvent à construire ses stratégies à partir d’un réseau historique, d’une connaissance locale et d’informations dispersées.
Pourtant, la réussite d’une candidature dépend rarement des seules compétences techniques.
Elle dépend aussi :
- des références réellement attendues ;
- de la composition du groupement ;
- de l’expérience collective des partenaires ;
- de l’implantation territoriale ;
- du niveau de concurrence rencontré.
Une excellente équipe peut ainsi disposer de faibles chances de succès sur un projet donné, tandis qu’une autre peut renoncer à une opportunité qu’elle était pourtant en mesure de remporter.
Le véritable coût caché de la commande publique
Une candidature représente plusieurs jours de mobilisation.
Elle implique des architectes, bureaux d’études, économistes, paysagistes, urbanistes et ingénieurs.
Chaque réponse mobilise des ressources rares.
Une mauvaise décision de départ peut ainsi représenter plusieurs milliers d’euros investis dans une compétition où les chances de succès étaient limitées dès l’origine.
Le véritable enjeu n’est donc plus seulement la qualité du dossier.
Il est de décider, avant tout engagement :
- faut-il répondre ?
- avec qui ?
- contre qui ?
- dans quelles conditions ?
Les réseaux historiques atteignent leurs limites
L’analyse des projets montre également une évolution des modes de collaboration.
Les opérations deviennent :
- plus complexes ;
- plus spécialisées ;
- plus internationales ;
- plus multidisciplinaires.
Les équipes doivent désormais identifier des partenaires qu’elles ne connaissent pas toujours directement.
Cette évolution fait émerger un nouveau besoin : disposer d’une cartographie fiable des compétences, des collaborations passées et des dynamiques du marché.
L’intelligence artificielle change de rôle
Dans ce contexte, l’IA ne constitue pas un substitut aux professionnels.
Son intérêt réside ailleurs.
Elle permet de rendre intelligible une masse d’informations devenue impossible à analyser manuellement : projets réalisés, références, collaborations, spécialisations, implantation territoriale ou historique des équipes.
L’objectif n’est pas de décider à la place des agences.
L’objectif est d’éclairer leurs décisions.
Une base d’observation unique sur la maîtrise d’œuvre
Pour Étienne Bourdais, architecte de formation et ancien directeur du développement de Leonard (VINCI), cette transformation est comparable à celle déjà observée dans d’autres secteurs économiques.
Grâce à l’analyse de plus de :
- 75 000 projets
- 21 000 entreprises
- plusieurs pays européens
- près d’un quart d’utilisateurs internationaux,
IRMA constitue aujourd’hui un observatoire inédit des pratiques de la maîtrise d’œuvre.
Cette profondeur de données permet d’observer l’évolution des collaborations, des stratégies de réponse et des dynamiques concurrentielles à une échelle jusqu’ici difficilement accessible.
Une ambition européenne
Déjà utilisée en France, en Belgique, en Allemagne et en Italie, IRMA poursuit son développement depuis Station F.
Son ambition est de construire progressivement une infrastructure européenne de données dédiée à la maîtrise d’œuvre afin d’offrir aux professionnels une lecture plus objective des marchés, des compétences et des opportunités.
Un changement de culture
Au-delà des outils numériques, c’est une évolution des pratiques qui semble aujourd’hui s’amorcer.
La maîtrise d’œuvre passe progressivement :
d’une logique consistant à répondre au plus grand nombre d’appels d’offres
à
une logique visant à sélectionner les projets où l’équipe dispose d’un véritable avantage concurrentiel.
Cette mutation pourrait transformer durablement la manière dont les équipes construisent leurs candidatures et composent leurs groupements.
À propos d’Étienne Bourdais
Architecte et entrepreneur, Étienne Bourdais est diplômé de l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles et de l’École des Ponts et Chaussées. Après plus de quinze ans consacrés à l’architecture, à l’aménagement et à l’innovation, il a dirigé le développement de Leonard, la plateforme d’innovation du groupe VINCI, où il a accompagné plusieurs centaines de startups.
À travers IRMA, il analyse aujourd’hui les transformations de la commande publique à partir de dizaines de milliers de projets, d’entreprises et de collaborations observés en France et en Europe.

En savoir plus
Site web : https://www.irmamatch.com
Instagram : https://www.instagram.com/
LinkedIn : https://www.linkedin.com/

