Sortir le soir en sécurité : l’enquête Mon Avis Citoyen qui bouscule les idées reçues sur la ville après la tombée de la nuit

Une ville ne devient pas seulement plus silencieuse quand la nuit tombe : elle change de visage.

Les rues familières se chargent d’autres perceptions, certains trajets se négocient, des places se contournent, des retours se préparent autrement.

Derrière ces chiffres, issus d’une enquête nationale menée par monaviscitoyen.fr auprès de 7 373 citoyens dans 210 communes françaises entre le troisième trimestre 2025 et le deuxième trimestre 2026, un enseignement s’impose : la sécurité du soir ne se joue pas uniquement sur le terrain du maintien de l’ordre.

Elle se construit aussi dans l’éclairage, l’entretien, la présence humaine et la qualité des espaces publics.

Cette enquête éclaire ce que les habitants expriment lorsqu’ils racontent leur ville après la tombée de la nuit : une attente très concrète de confiance urbaine.

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Quand la nuit tombe, la ville passe son vrai test de confiance

Une ville ne se mesure pas seulement à ses équipements, à ses projets urbains ou à ses grands indicateurs. Elle se mesure aussi à ce moment très concret où l’on hésite à sortir après le dîner, où l’on choisit un autre itinéraire pour rentrer, où l’on demande à un proche d’envoyer un message en arrivant, où certains quartiers deviennent des espaces évités.

C’est cette réalité quotidienne que Mon Avis Citoyen a voulu interroger à travers une question directe : « Pouvez-vous sortir en sécurité le soir dans votre ville ? »

Les résultats dessinent un constat net :

  • 53 % des répondants déclarent ne pas pouvoir sortir en sécurité le soir ;
  • 23 % seulement estiment pouvoir le faire sans difficulté ;
  • 24 % considèrent que cela dépend des quartiers ou des endroits.

Ce dernier chiffre est central. Il montre que la sécurité perçue n’est pas uniforme. Elle varie selon les rues, les places, les trajets, les zones d’attente, les lieux de passage. Le soir, la ville se fragmente : certains espaces restent praticables, d’autres deviennent dissuasifs.

Femmes, hommes, grandes villes : une insécurité ressentie qui s’installe dans les usages

L’enquête met en évidence une différence forte entre femmes et hommes. 57 % des femmes déclarent ne pas se sentir en sécurité le soir, contre 45 % des hommes. Seules 19 % des femmes disent se sentir en sécurité partout dans leur ville, contre 31 % des hommes.

Ces données confirment une réalité déjà largement vécue : la liberté de circuler le soir n’est pas ressentie de la même manière par toutes et tous. Mais elles montrent aussi que le sujet dépasse largement la seule question du genre. L’insécurité ressentie concerne l’ensemble des habitants, avec des intensités différentes.

La taille de la commune accentue encore ce phénomène. Plus la ville est grande, plus le sentiment d’insécurité progresse.

Dans les communes de plus de 200 000 habitants, il atteint des niveaux particulièrement élevés. La question ne relève donc pas uniquement de la sécurité publique : elle touche à la densité urbaine, aux usages nocturnes, à la qualité des cheminements, à la visibilité et à la présence humaine.

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Le chiffre qui change la lecture : l’éclairage public arrive en première ligne

L’enseignement le plus marquant vient des réponses spontanées à la question « Pourquoi ? ». Dans les 4 995 verbatims analysés, le premier motif cité n’est pas l’absence de caméras, ni les questions migratoires, ni même le manque de policiers.

Le premier facteur d’insécurité cité est le manque d’éclairage public le soir, présent dans 27 % des expressions spontanées.

Les principaux motifs évoqués sont :

  • 27 % : manque d’éclairage public ;
  • 23 % : personnes qui « traînent », « squattent » ou « rôdent » ;
  • 18 % : climat d’agressivité ou de danger ;
  • 16 % : agressions, bagarres et armes ;
  • 14 % : manque de présence policière ;
  • 14 % : consommation et trafic de drogue ;
  • 12 % : personnes alcoolisées dans les rues.

Ce classement déplace le regard. Il rappelle que la sécurité perçue commence souvent avant l’intervention policière : dans la visibilité d’une rue, l’entretien d’un espace, la possibilité d’identifier ce qui se passe autour de soi, la sensation de ne pas traverser une zone abandonnée.

Les angles morts du débat public : ce que les habitants citent moins spontanément

L’enquête met aussi en lumière un décalage entre certains thèmes très présents dans l’espace médiatique et leur poids réel dans les réponses spontanées.

Trois sujets apparaissent comme des signaux faibles :

  • 6 % des expressions spontanées évoquent les migrants ou immigrés ;
  • 4 % évoquent les SDF ;
  • 3 % évoquent l’absence ou le manque de vidéosurveillance.

Ces chiffres ne nient pas l’existence de ces préoccupations. Ils indiquent simplement qu’elles sont beaucoup moins citées que d’autres facteurs liés à l’expérience directe de la ville le soir. Le manque d’éclairage est ainsi évoqué près de cinq fois plus que les migrants ou immigrés, près de sept fois plus que les SDF et neuf fois plus que l’absence de vidéosurveillance.

Pour les collectivités, cette hiérarchie est stratégique. Elle invite à écouter ce que les habitants formulent réellement, au-delà des mots d’ordre habituels.

Une enquête qui parle aux élus, aux services publics et aux acteurs de la ville

La conclusion est claire : la sécurité perçue dépend à la fois de l’aménagement urbain, de la présence humaine et de la qualité des espaces publics.

Pour les collectivités publiques, ces résultats offrent une base d’analyse concrète pour repenser les politiques locales du soir : éclairage, entretien, cheminements, mobilier urbain, animation, présence visible, traitement des zones anxiogènes, gestion différenciée selon les quartiers.

Pour les entreprises industrielles répondant à des délégations de services publics, cette enquête constitue également un indicateur précieux. Elle montre que les attentes citoyennes ne portent pas seulement sur des équipements techniques, mais sur une expérience complète : celle d’une ville qui reste lisible, praticable et rassurante après la tombée de la nuit.

Mon Avis Citoyen, la plateforme qui fait remonter la voix du terrain

Mon Avis Citoyen est une entreprise française dont la mission est de recréer du lien entre les habitants et les élus locaux à l’ère du digital.

Depuis 2016, elle a recueilli plus de 10 millions de verbatims de Françaises et de Français sur tous les thèmes de la vie publique locale, et accompagne une centaine de collectivités partenaires.

Sur www.monaviscitoyen.fr, chaque citoyen peut donner son avis sur sa ville, formuler des propositions et contribuer à l’amélioration du bien commun. Ces avis sont ensuite traités, analysés et transmis aux collectivités concernées.

Avec cette enquête nationale, Mon Avis Citoyen rappelle une évidence souvent sous-estimée : la sécurité n’est pas seulement une statistique ou un sujet de doctrine. C’est une expérience vécue. Celle d’une rue que l’on emprunte, d’un arrêt de bus où l’on attend, d’un quartier que l’on évite, d’un éclairage qui rassure ou d’un espace public qui inquiète.

Et c’est précisément là que commence, pour beaucoup d’habitants, la possibilité de sortir le soir dans sa ville.

En savoir plus

Découvrir l’étude : https://www.monaviscitoyen.fr/actualite/moins-d-1-francais-sur-4-se-sent-en-securite-le-soir-dans-sa-ville–438

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