L’urbex cultive un paradoxe. Ses images donnent à voir des lieux où plus rien ne semble bouger, alors que leur création repose souvent sur une succession de mouvements, de décisions et d’imprévus. Il faut chercher, voyager, repérer, approcher, entrer. Il faut parfois attendre, rebrousser chemin ou composer avec une présence que l’on n’avait pas prévue.
Depuis plus de dix ans, Jonk parcourt la planète à la recherche de lieux abandonnés.
Reconnu dans le domaine de la photographie de friches, il a construit son travail autour de ces architectures délaissées où le temps ne disparaît pas : il s’imprime dans les matières. Avec Urbex Stories, il déplace le regard. Le livre ne se concentre plus seulement sur ce que les ruines donnent à voir, mais sur ce qu’il faut vivre pour pouvoir les photographier.
Avant le silence de l’image, le bruit du terrain
Derrière une photographie publiée dans un livre, présentée dans une exposition ou partagée sur les réseaux sociaux, il existe une histoire que le public ne connaît presque jamais.
Urbex Stories part de cette matière invisible. Jonk y raconte la recherche des lieux, les voyages nécessaires pour les atteindre, les approches sur place, les visites elles-mêmes, mais aussi le post-traitement et la vie d’un photographe de lieux abandonnés.
Le lecteur découvre ainsi une pratique qui ne se résume ni à l’esthétique de la ruine ni à la seule prise de risque. Elle repose sur une succession d’étapes, dont chacune peut modifier le cours d’une exploration :
- Trouver un lieu et préparer le déplacement ;
- Comprendre comment l’approcher ;
- Entrer sans savoir exactement ce qui attend à l’intérieur ;
- Photographier malgré la tension ou l’imprévu ;
- Conserver, traiter et faire vivre l’image après la visite.
À travers vingt récits, Jonk donne un panorama complet de son univers. L’essentiel du livre reste centré sur les visites et les péripéties qu’elles ont provoquées, mais l’ouvrage élargit aussi le cadre à tout ce qui constitue le quotidien d’un photographe d’urbex.
Chien, alarme, gardien, chute : quand les ruines cessent d’être silencieuses
Les lieux abandonnés semblent vides. Ils ne le sont pas toujours.
Au fil de ses explorations, Jonk a rencontré des propriétaires, des agents de sécurité, des policiers, des chiens de garde ou des animaux sauvages. Il a aussi été confronté à des armes, à des accidents physiques évités de justesse, à du matériel cassé, à une alarme, à un coup de poing ou encore à des situations marquées par le racisme.
La quatrième de couverture condense cette matière narrative en quelques mots : « Chien, fusil, couteau, coup de poing, alarme, gardien, police, chute, cache-cache ». Autant d’éléments qui dessinent une réalité bien différente de la tranquillité apparente des images finales.
Jonk évoque également une référence à American History X qui lui fait encore froid dans le dos, des Russes peu sympathiques rencontrés en Italie, une prostituée et d’autres épisodes laissés à la découverte du lecteur.
Le livre ne cherche pas à transformer l’exploration urbaine en fiction spectaculaire. Il raconte des situations vécues, avec leur tension, leur absurdité ou leur brutalité, et montre combien une photographie peut contenir une histoire plus large que son seul cadre.
Un livre commencé en 2018, achevé huit ans plus tard
L’idée d’Urbex Stories naît en 2018. Jonk commence alors à écrire plusieurs anecdotes de visite : un théâtre à Cuba, des cimetières de trains en Hongrie et de voitures en Suède, une scierie à Taïwan, un palais au Portugal et un hôtel au Japon.
Le projet existe déjà, sans avoir encore de titre définitif, lorsqu’il est contacté fin 2020 par Valérie Dumeige, directrice éditoriale des Éditions Arthaud. Elle lui propose de publier Urbex Monde, un ouvrage présentant en photographies, mais aussi en récits, trente-cinq des sites abandonnés qu’il considère parmi les plus beaux et les plus intéressants à travers la planète.
À cette période, Jonk envisage déjà de créer sa propre maison d’édition, d’abord pensée sous le nom de Jonk Éditions, puis rapidement rebaptisée Éditions Tempus Fugit. Il accepte néanmoins la proposition d’Arthaud et choisit d’intégrer à Urbex Monde les six récits déjà commencés.
Pendant les confinements successifs, il donne également la priorité à un autre projet : Après l’Hiver. Le livre exige de nombreux échanges avec Amélie Gressier, qui en assure la rédaction. Urbex Monde et Après l’Hiver paraissent tous deux en 2022.
Mais l’idée d’Urbex Stories ne disparaît pas. Jonk continue à écrire ponctuellement des anecdotes, à la fois pour ne pas oublier certains détails et pour nourrir ce projet laissé en attente.
Dix ans de ruines, douze livres et un récit longtemps différé
En 2023, Jonk célèbre dix années de photographie de lieux abandonnés avec Le Monde Perdu. Cet ouvrage bilan organise une décennie de friches par grands thèmes (religieux, médical, industriel) mais aussi autour de sujets qui lui sont particulièrement chers : les textures, les formes, les perspectives ou les escaliers.
En 2024 paraît le troisième volume de Naturalia, son travail principal, après un premier volume en 2018 et un deuxième en 2021. Il doit ensuite choisir lequel d’Urbex Black & White ou d’Urbex Stories paraîtra en premier. Il opte pour le livre en noir et blanc, moins chargé en textes, afin de se laisser davantage de temps pour replonger dans ses archives et sa mémoire.
Certaines visites racontées dans Urbex Stories remontent alors à près de dix ans. Le travail d’écriture consiste à retrouver les faits, les sensations et les détails, pour construire non pas une simple compilation d’anecdotes, mais ce que Jonk souhaite être un véritable voyage à ses côtés.
Des Urbex Tours au livre : franchir la porte avec Jonk
Depuis le printemps 2025, Jonk propose des Urbex Tours. Pendant quatre jours, de petits groupes de quatre personnes peuvent l’accompagner dans son activité de chasseur de ruines.
Urbex Stories prolonge cette démarche sous une forme accessible à un public plus large. Le livre devient une autre manière de faire entrer le lecteur dans cet univers particulier, intriguant et parfois effrayant. Il ne lui montre pas seulement ce que Jonk photographie : il lui fait partager la recherche, l’approche, l’attente, le danger, l’échec ou la surprise.
Cette immersion est également portée par la préface de Pierre de Vallombreuse.
La rouille, la poussière et la nature qui revient
Au-delà des péripéties, Urbex Stories reste profondément lié à ce qui fonde le regard de Jonk : son goût pour les vieilles pierres et pour le spectacle du temps qui passe.
Le fer rouillé, la peinture écaillée, la poussière, le verre cassé et la nature qui reprend possession des lieux ne constituent pas seulement une esthétique. Ils racontent l’usure, la disparition et la transformation. Ils sont les marqueurs visibles du temps écoulé.
En révélant ce qui se cache derrière ses photographies, Jonk propose ainsi un livre d’aventures, mais aussi un livre sur la mémoire des lieux, sur la trace et sur la manière dont un bâtiment abandonné continue d’évoluer bien après le départ de ceux qui l’occupaient.
Informations pratiques
Urbex Stories, de Jonk
- Préface : Pierre de Vallombreuse ;
- Parution : lundi 19 octobre 2026 ;
- Éditeur : Éditions Tempus Fugit ;
- Pagination : 164 pages ;
- Format : 22 x 16 cm, couverture souple ;
- Prix : 29 euros ;
- ISBN : 978-2-9590720-2-4.
Pour en savoir plus
Site web : https://www.jonk-photography.com
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