L’idéaliste Adélaïde, une comédie écologiste qui met en scène nos contradictions face à la voiture et à la nature

Ce n’est ni une tribune, ni une fable futuriste, ni un manifeste. L’idéaliste Adélaïde se déploie sur un plateau de théâtre, dans un espace fermé, concret, identifiable : celui d’une petite entreprise de fabrication d’emballages en carton. Des bureaux, des ordinateurs, des prototypes, des plantes vertes qui envahissent l’espace, des peintures accrochées aux murs, et, à l’extérieur, le bruit constant de la ville et de la circulation.
C’est dans ce décor volontairement ordinaire que la pièce fait émerger, par le jeu, les dialogues et les corps, les tensions contemporaines liées à l’écologie, à la voiture et à la croissance économique.

Écrite par Céline Rotard Prineau et mise en scène par Hervé Petit, L’idéaliste Adélaïde sera jouée du 12 mars au 30 avril 2026 au Théâtre La Croisée des Chemins, à Paris. Une création théâtrale qui choisit la comédie pour rendre visibles les lignes de fracture qui traversent aujourd’hui les individus bien plus que les idéologies.

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Quand un plateau de théâtre se transforme en bureau d’études et champ de bataille idéologique

Dès l’ouverture, L’idéaliste Adélaïde installe un espace immédiatement reconnaissable : celui d’une petite entreprise de fabrication d’emballages en carton, « Luis Emball’ ». Un lieu clos, structuré par des bureaux, des ordinateurs, des prototypes, envahi de plantes vertes et de peintures, traversé par les bruits de la ville et de la circulation. Rien d’exceptionnel en apparence, et pourtant un terrain dramaturgique d’une grande richesse.

Le théâtre devient ici un lieu d’observation. Par le jeu des acteurs, par la circulation des corps et par la matérialité du décor, la pièce donne à voir comment des enjeux globaux (écologiques, industriels, politiques) s’invitent dans un quotidien professionnel ordinaire. Le plateau n’est pas un symbole abstrait : il est un espace de travail sous tension, où chaque geste, chaque parole, chaque silence prend une portée politique.

Découvrir un extrait de la pièce (étape de création sans le décor) : https://www.youtube.com/watch?v=lZflbh0dYug

Un futur proche comme ressort dramatique, pas comme décor de science-fiction

L’action se situe entre 2026 et 2035, dans un avenir immédiat où l’interdiction progressive des voitures thermiques et la généralisation de l’électrique bouleversent les équilibres existants. Ce choix temporel n’a rien de spectaculaire. Il agit comme un révélateur.

Chez « Luis Emball’ », l’approche d’un salon professionnel majeur cristallise les inquiétudes. Luis, le patron, espère enfin obtenir une reconnaissance symbolique avec l’un de ses nouveaux modèles d’emballage. Mais cette ambition se heurte à un contexte économique fragilisé par les mutations industrielles, les contraintes réglementaires et les transformations des modes de production.

La transition écologique n’est jamais traitée comme une abstraction. Elle pèse sur les décisions, sur les relations humaines, sur la survie même de l’entreprise. Elle devient un moteur dramaturgique à part entière.

Adélaïde, une héroïne théâtrale qui s’engage autrement

Adélaïde, dessinatrice industrielle, se distingue immédiatement des figures militantes attendues. Elle ne manifeste pas. Elle ne descend pas dans la rue. Elle ne se reconnaît pas dans l’agitation collective ni dans les slogans. Son engagement est intime, presque silencieux.

Elle peint.
Ses tableaux dénoncent les atteintes portées à la nature par la voiture thermique. Ils traduisent une colère contenue, un attachement viscéral au vivant, une inquiétude profonde face à la destruction des paysages. Lorsqu’elle apprend l’existence d’un concours de peinture sur le thème de la nature, elle s’y accroche comme à une possibilité de reconnaissance et d’expression.

La destruction accidentelle de ses toiles dans l’espace de travail agit alors comme un point de rupture. Ce qui était jusque-là intériorisé surgit sur scène. Le conflit ne se joue plus seulement dans les mots, mais dans les corps, les gestes, les choix.

La destruction des peintures : un point de non-retour dramaturgique

L’accident survient dans l’espace le plus banal : le bureau. Les peintures qu’Adélaïde avait transportées à vélo sont détruites malencontreusement par Luis. Ce geste involontaire agit comme une déflagration.
La pièce bascule alors dans un conflit ouvert, nourri par un échange frontal entre Adélaïde et Stéphane. Lui développe un discours politique structuré, évoquant les batteries, les métaux rares, les lobbies industriels, l’impérialisme économique et la responsabilité des gouvernements. Elle lui oppose une vision radicale, presque intransigeante, où la défense de la nature prime sur toute autre considération.

Ce dialogue, tendu, vif, parfois violent, constitue l’un des cœurs battants de la pièce. Il ne vise pas à trancher, mais à exposer l’impossibilité de concilier pleinement ces deux approches.

L’arbre comme prolongement du plateau : quand le théâtre déborde

Isolée, incomprise, privée du soutien de Babeth, Adélaïde accomplit un geste radical. Elle grimpe dans un arbre situé face aux fenêtres de l’entreprise et y expose ses peintures abîmées ainsi que son travail destiné au salon de l’emballage.
Ce moment suspend le temps. Le théâtre déborde du bureau, s’ouvre sur l’extérieur, convoque une image forte, presque burlesque et profondément poétique. L’arbre devient scène, manifeste silencieux, espace de résistance fragile.

Stéphane perçoit immédiatement la portée médiatique de ce geste et contacte des journalistes. Touché par l’audace et la folie d’Adélaïde, il la rejoint dans l’arbre, tentant de la faire redescendre. Ce face-à-face en hauteur donne au conflit une dimension nouvelle, à la fois intime et spectaculaire.

Quatre personnages, quatre trajectoires empêchées

Autour d’Adélaïde, la pièce compose un quatuor d’une grande finesse dramaturgique :

  • Stéphane, nouvellement embauché, est très engagé pour plus de justice sociale. Il développe une parole politique structurée, évoquant les batteries, les métaux rares, les lobbies industriels, l’impérialisme économique et la responsabilité des gouvernements. Son discours, argumenté et radical, se heurte cependant à la lassitude et à l’impuissance.
  • Luis, le patron, incarne une contradiction largement partagée. Il vit à la campagne, se revendique proche de la nature, possède des chevaux, mais roule en SUV et refuse les coûts économiques de la transition vers l’électrique ;
  • Babeth, la commerciale, tente de maintenir un équilibre fragile entre loyauté professionnelle, pragmatisme et relations personnelles, jusqu’à être elle-même dépassée par les conséquences de ses choix.

La comédie naît de ces frictions constantes, de ces dialogues où chacun défend une part de vérité tout en révélant ses propres angles morts.

Le choix de la comédie : une nécessité dramaturgique

L’idéaliste Adélaïde assume pleinement la comédie comme forme. Le rire n’adoucit pas les enjeux, il permet de les rendre supportables, partageables, visibles. Il crée un espace où la tension peut circuler sans se figer en discours moralisateur.
La pièce préfère la friction à la démonstration, l’émotion au slogan, la situation vécue à l’argument théorique.

Une mise en scène qui laisse la matière envahir l’espace

Hervé Petit conçoit la mise en scène comme un dialogue constant entre le réel et le symbolique. Les plantes naturelles prennent progressivement possession du plateau, les peintures évoluent, se dégradent, se transforment, et les cartons d’emballage deviennent matière plastique et dramaturgique.
La bande sonore, composée de bruits urbains et de sons retravaillés, donne à entendre la ville comme un personnage invisible, oppressant, omniprésent.

Une écriture née d’un rapport charnel au monde

Le projet est profondément lié au parcours de Céline Rotard Prineau.

Née en région nantaise, élevée au contact des champs maraîchers de ses grands-parents, elle développe très tôt un rapport intime à la nature.

Comédienne depuis vingt-trois ans, elle mène une carrière mêlant théâtre, cinéma, télévision, doublage et radio. Très sportive, elle pratique la course à pied en compétition et participe en 2025 aux championnats de France du marathon et du semi-marathon. L’écriture de la pièce s’inscrit dans ce rapport au corps, à l’endurance, à la persévérance.

La voiture traverse son histoire personnelle de manière tragique, marquée par plusieurs décès liés à des accidents. Son arrivée à Paris, la violence de la circulation, transforment une peur ancienne en colère, puis en geste artistique. L’écriture de L’idéaliste Adélaïde commence en 2011, bien avant que le scénario mis en scène ne devienne une perspective crédible.

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Infos pratiques

L’idéaliste Adélaïde

  • Autrice : Céline Rotard Prineau ;
  • Mise en scène : Hervé Petit ;
  • Interprétation : Myriam Allais, Raphaël Mondon, Hervé Petit, Céline Rotard Prineau ;
  • Lieu : Théâtre La Croisée des Chemins – 120 bis rue Haxo, 75019 Paris ;
  • Dates : du 12 mars au 30 avril 2026 ;
  • Jours et horaires : jeudis et vendredis à 19h ;
  • Nombre de représentations : 15 ;
  • Durée : 1h15 ;
  • Production : DLM Productions.

En savoir plus

Site web : https://www.theatrelacroiseedeschemins.com/programmation/l’id%C3%A9aliste-ad%C3%A9la%C3%AFde

Facebook : https://www.facebook.com/celine.rotard?locale=fr_FR

Instagram : https://www.instagram.com/l_idealiste_adelaide/reels/

Linkedin : https://www.linkedin.com/in/c%C3%A9line-rotard-prineau-81a789291/

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