Réparer les États-Nations: comprendre pourquoi les États répètent leurs erreurs, et comment sortir des impasses historiques ? Lancement d’une nouvelle discipline de recherche: la psychogénéalogie des États

Les États disposent aujourd’hui d’indicateurs toujours plus précis pour mesurer leur croissance, leur dette, leur influence ou leur compétitivité. Ils savent compter, modéliser, anticiper. Pourtant, face aux crises économiques, sociales et géopolitiques qui s’enchaînent, ils continuent de répondre par des stratégies déjà éprouvées et déjà mises en échec. Centraliser davantage, conquérir de nouveaux espaces, relancer la croissance coûte que coûte, renforcer le contrôle, autant de réflexes qui se répètent avec une étonnante constance.

Cette persistance interroge moins l’intelligence des décideurs que la mémoire des États eux-mêmes. Elle suggère que certaines orientations politiques ne relèvent pas uniquement de choix rationnels, mais d’héritages plus profonds, faits de traumatismes historiques, de récits fondateurs non digérés, d’événements constitutifs jamais réellement interrogés. Ce qui n’a pas été pensé hier tend alors à se répéter aujourd’hui.

C’est précisément à cet endroit que se situe le projet « Réparer les États-Nations », qui ouvre une nouvelle étape avec le lancement de sa phase de réparation.

Après avoir posé un diagnostic de schémas de répétition propres à plusieurs trajectoires nationales, le projet introduit une discipline de recherche inédite, la psychogénéalogie des États, et s’appuie sur le cas français pour exposer une méthode visant à comprendre comment les États peuvent reconnaître leurs héritages historiques afin de desserrer les impasses qui continuent de guider leurs décisions.

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Pourquoi les États répètent-ils des stratégies qui ne fonctionnent plus ?

Lorsqu’un État adopte une décision politique, économique ou géopolitique, celle-ci est généralement analysée à travers des facteurs immédiats : contexte international, rapports de force, contraintes budgétaires, équilibres électoraux. Cette lecture, bien que nécessaire, laisse pourtant de côté une dimension essentielle : le poids de l’histoire longue.

Les États-Nations ne sont pas des entités neutres. Ils se construisent à partir de récits fondateurs, de conflits, de conquêtes, de révolutions ou d’effondrements qui marquent durablement leur manière d’exercer le pouvoir. Ces événements structurants produisent des réflexes collectifs qui se transmettent au fil des générations, parfois sans être explicitement formulés.

L’exemple des États-Unis permet d’illustrer ce mécanisme. La tentation récurrente d’acheter ou de conquérir de nouveaux territoires, comme l’a montré l’intérêt récent pour le Groenland, s’inscrit dans une histoire nationale façonnée par l’expansion. Cette logique repose sur une croyance centrale : celle d’une croissance infinie, censée résoudre les tensions internes. Or, dans un monde fini, cette réponse devient contre-productive.

La question essentielle n’est donc pas seulement ce que font les États, mais pourquoi ils persistent à le faire, même lorsque ces stratégies aggravent les problèmes qu’elles prétendent résoudre.

Changer de regard : introduire la psychogénéalogie à l’échelle des États

Pour répondre à cette question, le projet « Réparer les États-Nations » propose un changement de focale. Il s’appuie sur une discipline encore absente du champ académique : la psychogénéalogie des États.

À l’origine, la psychogénéalogie est une méthode développée pour comprendre comment certains traumatismes familiaux non élaborés continuent d’influencer les comportements des générations suivantes. Elle part du principe que ce qui n’est pas conscientisé tend à se répéter.

Transposée à l’échelle des États-Nations, cette approche repose sur plusieurs idées clés, présentées de manière pédagogique dans le projet :

  • Un État possède une mémoire collective structurée ;
  • Certains événements historiques agissent comme des traumatismes non résolus ;
  • Ces traumatismes influencent durablement les choix politiques et institutionnels ;
  • Les schémas de répétition sont souvent invisibles pour ceux qui les reproduisent.

Cette approche ne vise pas à « psychologiser » les États de manière simpliste, mais à compléter les analyses historiques et politiques classiques par une lecture centrée sur la mémoire collective et ses effets à long terme.

Un socle théorique pluridisciplinaire solidement établi

La construction de cette discipline s’appuie sur un corpus de travaux reconnus, issus de plusieurs traditions intellectuelles :

  • Les historiens de la genèse des États modernes : Les recherches de Jean-Philippe Genêt, qui a dirigé des tables rondes consacrées à la genèse comparée des États sur plusieurs continents et à plusieurs époques, ainsi que celles d’Alain Guéry et de Jean-Pierre Poly, constituent un socle essentiel pour comprendre la formation des structures étatiques européennes et leurs logiques internes ;
  • Les apports anglo-saxons : Les travaux des sociologues Thomas Ertman et Randall Collins ainsi que de Harold J. Berman, historien du droit, éclairent les trajectoires institutionnelles et juridiques des États occidentaux, tandis que les analyses de Joseph Stiglitz permettent d’articuler ces dimensions avec les dynamiques économiques contemporaines ;

  • Une ouverture au-delà du modèle occidental : Les recherches d’Anne Cheng et de Chris Wickham ouvrent la réflexion à d’autres traditions historiques, notamment chinoises, asiatiques et arabes, évitant ainsi toute lecture strictement occidentale de l’État-Nation ;

  • L’ancrage en psychologie historique : Enfin, la psychologie historique d’Ignace Meyerson, la psychogénéalogie développée par Françoise Dolto et Anne Ancelin Schützenberger, et les apports systémiques de l’École de Palo Alto constituent les fondements théoriques ayant permis d’adapter cette approche au fonctionnement des États-Nations.

Du diagnostic à la réparation : une progression méthodologique

Les premières vidéos du projet, accessibles sur https://www.histoiresdunereparation.fr étaient consacrées à une phase de diagnostic.

Elles visaient à :

  • Identifier les schémas de répétition propres à chaque État ;
  • Retracer leurs origines historiques ;
  • Montrer en quoi ces schémas constituent aujourd’hui des blocages.

La nouvelle phase marque un basculement. Elle introduit la notion de réparation, entendue non comme une solution immédiate, mais comme un processus. Réparer un État, dans cette approche, consiste à rendre visibles les héritages qui conditionnent ses choix, afin d’ouvrir la possibilité d’autres trajectoires.

Pourquoi commencer par la France ?

Le projet choisit de lancer la phase de réparation à travers un cas central : la France. Ce choix répond à une logique pédagogique et méthodologique.

La France possède une histoire étatique longue, marquée par :

  • Une forte centralisation du pouvoir ;
  • Un rapport particulier à l’autorité et à l’État ;
  • Des ruptures politiques majeures qui n’ont pas toujours transformé en profondeur les structures héritées.

Après avoir établi un diagnostic, les nouvelles vidéos détaillent les problèmes identifiés et la méthode de réparation, en utilisant le cas français comme matrice explicative. L’objectif est de rendre la démarche compréhensible et transposable à d’autres États.

Découvrir en vidéo : Le schéma de répétition français: Réparer!

Un dispositif de transmission repensé

Le lancement de cette phase s’accompagne d’une évolution du modèle de diffusion. Les vidéos sont désormais proposées avec une session de questions-réponses avec l’autrice, permettant d’approfondir les analyses, de clarifier les concepts et de répondre aux interrogations.

Ce format vise à favoriser une compréhension progressive et collective d’une discipline encore émergente.

Portrait de Nathalie Chaillou, une experte interdisciplinaire au service d’une réflexion globale

Derrière Histoire(s) d’une réparation, Nathalie Chaillou, diplômée de Sciences Po et de Sup de Co Bordeaux, met son expertise  au service de la déconstruction méthodique et approfondie des systèmes politiques et économiques actuels. Avec une expérience internationale qui l’a menée à vivre en Angleterre, aux États-Unis et à Hong Kong, Nathalie Chaillou porte un regard à la fois global et équilibré sur les enjeux géopolitiques contemporains.

Ce projet est le fruit de plus de dix ans de recherches interdisplinaires, au cours desquels Nathalie Chaillou a développé une nouvelle méthodologie pour comprendre les dysfonctionnements structurels des nations. Refusant de prendre parti pour un système ou un pays, elle offre une analyse objective des forces en présence et cherche à montrer ce qui fonctionne dans chaque modèle, afin d’offrir aux citoyens des outils pour repenser leur propre modèle de gouvernance.

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En savoir plus

Site web : https://www.histoiresdunereparation.fr

Linkedin : https://www.linkedin.com/in/nathalie-chaillou-a0055020/

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