Entrepreneuse, fonctionnaire, restauratrice : ces actifs qui changent de vie pour devenir hôtesse de l’air ou steward

Un salarié français sur deux envisage de changer de métier. Parmi les destinations de ces nouvelles vies professionnelles, la cabine d’un avion gagne du terrain : infirmières, enseignants, gendarmes ou clercs de notaire frappent désormais à la porte des formations. À quelques semaines de la Journée nationale de la reconversion (19 novembre 2026), SkySuccess, organisme de formation qui a accompagné plus de 1 200 élèves jusqu’à leur embauche en compagnie aérienne, décrypte un phénomène qui bouscule l’image d’un métier réservé aux vingtenaires.

L’essentiel en chiffres

  • 54 % des salariés français envisagent une reconversion, dont 27 % dès maintenant. Seuls 5 % la planifient activement (Cepremap, février 2026).
  • 45 % des actifs qui veulent se reconvertir citent l’ennui ou le manque de sens comme première motivation, soit 16 points de plus en deux ans (baromètre Visiplus academy x Ipsos BVA, mars 2026).
  • +127 % : la hausse du nombre d’hôtesses et stewards de plus de 50 ans chez easyJet depuis 2022. Ils représentent aujourd’hui 12 % des équipages de la compagnie (easyJet, août 2026).
  • 1 023 000 : le nombre de nouveaux membres d’équipage de cabine à recruter dans le monde d’ici 2045. La prévision dépasse le million pour la première fois (Boeing, juillet 2026).

Une France active qui a envie d’ailleurs

Selon l’Observatoire du bien-être du Cepremap, 54 % des salariés envisagent une reconversion, dont la moitié dès maintenant. L’envie est plus forte avant 35 ans, mais elle concerne encore 28 % des 35-44 ans et 24 % des 45-59 ans. Le moteur n’est plus seulement le salaire : le baromètre 2026 Visiplus academy x Ipsos BVA place l’ennui et le manque de sens en tête des motivations, en hausse de 16 points en deux ans. Reste l’écart entre l’envie et l’acte : seuls 5 % des salariés planifient activement leur changement de voie.

Le ciel, nouvelle destination des reconvertis

Les métiers d’hôtesse de l’air et de steward réunissent ce que recherchent beaucoup de candidats au changement : la mobilité, un quotidien loin de la routine du bureau, un travail tourné vers les autres, et un accès possible sans diplôme spécialisé.

Le mouvement est visible sur le terrain. Le centre de formation des métiers de l’aérien AFMAé constatait dès 2025, auprès de l’AFP, « beaucoup plus de reconversions professionnelles » parmi ses apprenants. Au Royaume-Uni, easyJet en a fait une politique de recrutement : la compagnie a plus que doublé ses effectifs de plus de 50 ans en cabine depuis 2022. L’étude qui accompagne cette annonce désigne le voyage et le tourisme comme le secteur le plus attractif pour un changement de carrière après 50 ans.

La tendance ne s’arrête pas aux frontières britanniques. Sophie, 49 ans, dirigeait son entreprise dans le yachting. Accompagnée par SkySuccess, elle a été recrutée par easyJet, sur la base d’Amsterdam.

SkySuccess observe la même bascule. Parmi les candidats qui le sollicitent, les parcours éloignés de l’aérien sont nombreux : infirmières et aides-soignantes, professeurs des écoles, policiers et gendarmes, conseillers bancaires, assistantes dentaires, clercs de notaire, réceptionnistes d’hôtel, chefs de rang, agents commerciaux du ferroviaire.

« Les personnes en reconversion arrivent avec ce que les compagnies recherchent le plus : dix ou quinze ans de relation client, du sang-froid, de la maturité, explique Rémi Duchange, cofondateur de SkySuccess, ancien chef de cabine et instructeur. Ce qui les arrête, ce n’est presque jamais leur âge. C’est l’anglais, et le fait de ne pas savoir dans quel ordre s’y prendre. »

Les élèves recrutés en témoignent. Maxime, 44 ans, fonctionnaire territorial, a été recruté par Air France. Catherine, 44 ans, esthéticienne puis restauratrice, a intégré Transavia.

Ces parcours ne sont pas un handicap aux yeux des recruteurs, au contraire. Gérer un client mécontent, garder son calme dans l’urgence, travailler en équipe et en horaires décalés : ces compétences transférables, acquises dans le soin, le commerce, l’accueil ou la fonction publique, sont celles que les compagnies évaluent en sélection. Une expérience professionnelle continue pèse plus lourd qu’un parcours classique : le CV ne présente pas de trou, et le candidat a des situations vécues à raconter en entretien.

Un secteur chahuté en 2026, des besoins qui restent massifs

Le rêve se heurte à une réalité qu’il faut dire aux candidats. L’année 2026 est difficile pour le transport aérien : en juin, l’IATA a ramené sa prévision de bénéfices des compagnies à 23 milliards de dollars, contre 41 milliards attendus jusque-là, sous l’effet du conflit au Moyen-Orient et de la flambée du kérosène. En France, le trafic a reculé de 0,8 % au premier semestre.

Les besoins, eux, demeurent. L’IATA attend malgré tout un record de 5,1 milliards de passagers cette année. Boeing évalue à 1 023 000 le nombre de membres d’équipage de cabine à recruter dans le monde d’ici 2045. Air France a annoncé plus de 1 500 embauches en 2026, tous métiers confondus, dont 210 postes d’hôtesses et stewards en alternance. French bee ouvre une nouvelle campagne en novembre.

La sélection, elle, se resserre. En 2026, les équipes de SkySuccess ont vu une campagne HOP! se fermer en deux heures environ et une campagne Air France en moins de trois heures. « Les compagnies recrutent toujours, mais elles choisissent, poursuit Rémi Duchange. Le candidat qui est prêt le jour où l’offre s’ouvre garde toutes ses chances. Les autres découvrent que la campagne a fermé avant qu’ils aient fini leur CV. »

Le vrai obstacle : l’anglais, bien plus que l’âge

Aucune limite d’âge légale ne s’applique à l’entrée dans le métier. Le filtre est ailleurs. Le niveau d’anglais moyen des salariés français se situe autour du B1, selon l’étude menée par Cambridge English avec Cadremploi et le groupe Figaro (2020). Les compagnies, elles, attendent un B2, voire un C1 : Air France demande un B2 certifié pour son alternance, et de nombreuses compagnies européennes et du Golfe mènent leur sélection en anglais. Parmi les élèves SkySuccess recrutés chez Air France et HOP! en 2026, deux sur trois avaient atteint le niveau C1.

C’est là que l’approche traditionnelle montre ses limites. Elle consiste à commencer par le certificat de membre d’équipage de cabine (CCA) : on quitte son emploi, on se lance dans le projet, on suit plusieurs semaines de formation, puis on postule. Sans l’anglais, les candidatures n’aboutissent pas. Le candidat se retrouve sans poste, un certificat en poche et un trou dans son CV : son dossier est plus fragile qu’au départ.

SkySuccess recommande l’ordre inverse : l’anglais d’abord, en conservant son activité, puis les candidatures. Ces parcours d’anglais et de préparation au recrutement sont finançables par le CPF et France Travail. Le CCA, obligatoire pour exercer, peut être obtenu via la compagnie après l’embauche ou dans le cadre d’une alternance financée. Lorsque la compagnie visée le demande dès la candidature, SkySuccess le propose en option, en dix jours, une fois le niveau B2 ou C1 obtenu, dans l’un de ses 20 centres partenaires en France et en Europe. Un format court, pensé pour ne pas interrompre l’activité professionnelle.

« Notre premier conseil est de ne pas démissionner, insiste Lyse Poncety, cofondatrice de SkySuccess. On se prépare en gardant son emploi, on certifie son anglais, on s’entraîne aux entretiens, et on ne quitte son poste qu’une fois le contrat signé. Une reconversion réussie se prépare, elle ne se tente pas sur un coup de tête. »

Angles et formats proposés aux rédactions

  • Portraits : des élèves reconvertis à 30, 40 ou 50 ans, aujourd’hui en poste en compagnie.
  • Interview d’expert : Rémi Duchange, une quinzaine d’années d’expérience comme steward, chef de cabine et instructeur dans une compagnie internationale, chroniqueur aérien pour TourMag.
  • Reportage : assister à une simulation d’entretien de sélection en anglais, menée en visio par un instructeur en activité.
  • Calendrier : Journée nationale de la reconversion le 19 novembre 2026 ; 80 ans cette année du recrutement des premières hôtesses de l’air d’Air France (1946).

À propos de SkySuccess

Cofondé par Lyse Poncety et Rémi Duchange, SkySuccess est un organisme de formation certifié Qualiopi, basé à Villeurbanne (Rhône) et 100 % en ligne. Il prépare les futurs hôtesses de l’air et stewards au recrutement des compagnies aériennes : anglais B2/C1 avec certification LILATE ou Linguaskill, préparation aux entretiens de sélection et accompagnement individuel bilingue jusqu’à l’embauche. Ces formations sont finançables par le CPF et France Travail. Le CCA est proposé en option, en dix jours, après l’obtention du niveau B2 ou C1, dans 20 centres partenaires en France et en Europe. SkySuccess revendique plus de 1 200 élèves recrutés en compagnie, dont plus de 500 en 2025, et 87 % de réussite aux certifications B2/C1. L’organisme mène des recrutements en collaboration avec plusieurs compagnies, parmi lesquelles Emirates, Etihad et Ryanair.

Site web :  www.skysuccess.fr

Sources

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