On ne réserve pas une love room comme une semaine à la mer. On y reste une nuit, on se décide parfois la veille, on privilégie le samedi et, contrairement au cliché, on commande rarement du champagne.
Derrière les jacuzzis privatifs et les décors romantiques se cache surtout une nouvelle façon de s’offrir une parenthèse à deux, avec ses propres rythmes, ses arbitrages et sa saisonnalité.
Pour la première fois, Love’nSpa, plateforme spécialisée dans les love rooms en France et en Belgique, met des chiffres sur ces usages.
Son Baromètre Love Room 2026 s’appuie non sur les réponses à un sondage, mais sur 8 099 réservations confirmées dans 937 établissements entre janvier 2025 et août 2026, couvrant 87 des 96 départements métropolitains.
Et cette photographie grandeur nature raconte un marché bien différent de celui que l’on imagine.
Une nuit, et puis s’en vont
C’est peut-être le chiffre qui résume le mieux la love room : 85,5 % des séjours ne durent qu’une nuit. La durée moyenne atteint à peine 1,24 nuit.
Autrement dit, la love room n’est pas vraiment une « petite vacance ». Elle se rapproche davantage, dans la façon dont elle est consommée, d’une sortie exceptionnelle à deux : une expérience concentrée, que l’on glisse dans un week-end plutôt que dans un calendrier de congés.
Le rythme des réservations le confirme. La moitié des couples réservent 13 jours ou moins avant leur arrivée et 17 % seulement la veille ou le jour même.
Le coup de cœur compte donc autant que l’anticipation.
Et quand vient le moment de choisir la date, le week-end impose sa loi : 54,3 % des arrivées ont lieu le vendredi ou le samedi. Avec un samedi qui se paie davantage : 215 € en médiane contre 180 € en semaine, soit 19 % de plus.
Le prix du tête-à-tête ? 199 euros
Voilà un autre chiffre que le marché ne pouvait jusqu’ici qu’estimer.
Une nuit en love room coûte 199 € en médiane. La moitié des séjours se situent entre 160 et 240 €. Une fois ajoutées les prestations complémentaires (petit-déjeuner, décoration et autres options), le panier médian atteint 224 €.
Et la carte de France réserve quelques surprises.
La Bretagne affiche le tarif médian le plus élevé parmi les régions étudiées, à 220 €, juste devant la Normandie, à 218 €. L’Occitanie se situe à l’autre extrémité avec 180 €, tandis que l’Île-de-France atteint 190 €.
En février, les jacuzzis chauffent. En juillet, beaucoup moins.
Oublier, ici encore, les réflexes du tourisme traditionnel.
Quand les vacances d’été font habituellement grimper la demande touristique, la love room connaît son creux en juillet : indice 74.
Son véritable été tombe en plein hiver.
Février atteint un indice de demande de 167, soit 2,25 fois plus qu’en juillet. Et au centre de cette saisonnalité inversée trône évidemment le 14 février.
La nuit de la Saint-Valentin génère environ quatre fois plus de réservations qu’une nuit ordinaire. Les huit nuits les plus réservées de 2026 sont même toutes concentrées sur janvier et février.
Pour cette date, les amoureux deviennent aussi plus prévoyants : ils réservent 23 jours à l’avance en médiane.
En revanche, pas d’envolée spectaculaire des tarifs : les prix n’augmentent que de 6 % pour le 14 février.
Champagne, pétales de rose et autres idées reçues
La love room possède son imaginaire. Le baromètre permet désormais de le confronter aux réservations.
Le jacuzzi, lui, n’est pas un mythe : 93 % des love rooms disposent d’un spa privatif. Le sauna est présent dans 32 % des hébergements et le hammam dans 9 %.
Mais le fameux champagne semble beaucoup moins incontournable.
Seuls 1,9 % des séjours comprennent une option champagne.
Le petit-déjeuner arrive largement devant, avec 6,8 %. La décoration romantique et le départ tardif représentent chacun 2,6 % des séjours.
Une manière de rappeler que les codes fantasmés de l’escapade romantique ne sont pas nécessairement ceux que choisissent réellement les couples.
Pendant cinq ans, tout le monde posait les mêmes questions. Personne n’avait vraiment les réponses.
Combien coûte une love room ? Combien de temps y reste-t-on ? Est-ce un marché uniquement porté par la Saint-Valentin ?
Depuis qu’il a créé Love’nSpa en 2021, Samuel Deleu entend revenir ces questions de la part des journalistes, des hébergeurs et des porteurs de projets.
Les chiffres disponibles provenaient essentiellement de sondages ou d’estimations.
Pendant ce temps, réservation après réservation, Love’nSpa constituait une base capable d’observer le marché à partir de comportements réels.
À l’été 2026, la plateforme décide donc d’en faire un baromètre. 8 099 réservations effectivement confirmées, extraites en août 2026 et publiées le 1er septembre, deviennent la matière première de cette première édition.
Et quand le chiffre n’existe pas ? Love’nSpa préfère laisser une case vide
C’est aussi l’un des partis pris du projet.
Le baromètre indique précisément son échantillon, sa période d’analyse et sa couverture géographique. Mais il assume également ce qu’il ne sait pas encore mesurer correctement.
Le taux d’occupation, par exemple, n’est pas publié.
Plutôt que d’avancer une estimation jugée insuffisamment fiable, Love’nSpa prévoit de construire en 2027 un panel d’exploitants volontaires afin de mesurer cet indicateur, ainsi que la demande en journée, ou « day use ».
Des déclinaisons régionales doivent également permettre d’étudier prix, saisonnalité et offre territoire par territoire. Des focus liés à l’actualité, notamment autour de la Saint-Valentin, sont également prévus.
Derrière Love’nSpa, un observateur de l’économie amoureuse
Avant de créer Love’nSpa, Samuel Deleu est passé par l’immobilier, la gestion de patrimoine puis, pendant dix ans, la vente d’espaces publicitaires en ligne. Un parcours au cours duquel il s’est notamment familiarisé avec les comportements des internautes et le fonctionnement des plateformes.
Installé en Bretagne, il est également l’auteur de L’Amour comme modèle économique, consacré à l’économie des loisirs amoureux.
Créée en 2021, Love’nSpa référence aujourd’hui plus de 1 100 établissements en France et en Belgique. Son modèle diffère des grandes plateformes généralistes : l’hébergeur perçoit 100 % du prix de la nuitée, la commission étant payée par le voyageur, tandis que le professionnel règle un abonnement annuel.
En septembre 2026, la plateforme a également lancé un espace hébergeur regroupant statistiques d’audience, messagerie centralisée et outils de visibilité, avec l’objectif d’accompagner la professionnalisation d’un secteur encore jeune.
La love room sort du fantasme pour entrer dans les statistiques
Depuis 2021, 1 711 établissements ont été référencés, soit une progression annuelle de 27,7 %. Mais jusqu’à présent, le développement de cette offre avançait plus vite que sa connaissance.
Avec ce baromètre appelé à devenir annuel, Love’nSpa veut donner aux journalistes, hébergeurs, collectivités et investisseurs une base chiffrée pour suivre le phénomène.
Et la première photographie est déjà révélatrice.
Une nuit plutôt qu’un séjour. Février plutôt que juillet. Le samedi plutôt que la semaine. Une réservation parfois décidée au dernier moment. Et le petit-déjeuner bien avant le champagne.
La love room avait déjà ses décors et ses rituels. Elle commence désormais à avoir ses chiffres.
En savoir plus
Le baromètre : https://lovenspa.fr/blogs/magazine/barometre-love-room
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