L’intelligence artificielle n’est plus seulement un sujet d’expérimentation : elle s’installe dans le quotidien des entreprises européennes.
Mais derrière cette accélération se dessine une réalité nettement moins homogène. Toutes les organisations n’avancent ni avec les mêmes moyens, ni au même rythme, ni vers les mêmes usages. Taille de l’entreprise, pays d’implantation, technologies privilégiées : les données révèlent déjà plusieurs lignes de fracture.
En analysant les dernières données Eurostat et leur évolution, Sortlist propose une photographie de cette nouvelle géographie de l’IA en entreprise et s’intéresse surtout à ce qu’elle annonce pour la suite : à mesure que l’adoption progresse, la capacité à choisir, intégrer et maîtriser ces technologies devient un enjeu à part entière pour les entreprises, et particulièrement pour les PME.
De 8 % à 20 % : en deux ans, l’IA a quitté le laboratoire
La courbe est sans équivoque. Selon l’enquête annuelle Eurostat sur l’usage des TIC dans les entreprises, 20 % des entreprises européennes de 10 salariés et plus utilisaient au moins une technologie d’IA en 2025, contre 13,5 % en 2024 et 8 % en 2023.
En deux ans, l’adoption a donc plus que doublé.
Et 2026 pourrait marquer une nouvelle accélération. À partir des données disponibles, Sortlist projette un taux d’adoption d’environ 28,1 %, avec une fourchette comprise entre 27,3 % et 28,5 %.
Il s’agit d’une projection Sortlist – et non d’une donnée Eurostat observée –, construite à partir d’un modèle de diffusion en courbe en S appliqué aux données 2023, 2024 et 2025 et testant plusieurs hypothèses de plafond d’adoption.
Mais cette progression spectaculaire ne raconte qu’une partie de l’histoire. Car derrière une moyenne européenne de 20 %, les écarts sont déjà considérables.
17 % chez les petites, 55 % chez les grandes : le premier fossé de l’IA
Trois chiffres suffisent à matérialiser l’écart :
- 17 % des petites entreprises de 10 à 49 salariés utilisent l’IA ;
- 30,4 % des entreprises moyennes de 50 à 249 salariés ;
- 55 % des grandes entreprises de 250 salariés et plus.
Une grande entreprise européenne est donc plus de trois fois plus susceptible d’utiliser l’IA qu’une petite.
Eurostat avance notamment la capacité des grandes structures à absorber plus facilement la complexité de mise en œuvre, à bénéficier d’économies d’échelle et à mobiliser les ressources internes nécessaires à un projet d’IA.
Cette différence replace le débat sur un terrain très opérationnel. Accéder à une technologie ne signifie pas encore disposer des compétences, du temps et des moyens nécessaires pour l’intégrer.
Pour les PME, c’est précisément là que l’accompagnement extérieur peut prendre de l’importance.
L’IA entre dans l’entreprise par la porte du texte
Tous les usages ne progressent pas au même rythme. Et les données 2024-2025 donnent une indication assez nette de la manière dont l’IA s’installe dans les organisations.
L’analyse de texte (text mining) connaît la progression la plus forte : +4,9 points en un an. Elle atteint 11,8 % des entreprises en 2025, contre 6,9 % en 2024.
La génération de langage ou de code progresse, elle, de 3,4 points, devant la reconnaissance vocale (+2,4), l’automatisation des workflows (+1,2), le machine learning (+0,9), la reconnaissance d’image (+0,6) et la robotique autonome (+0,4).
Un nouvel usage fait également une entrée remarquée dans les statistiques Eurostat : la génération d’images, de vidéos et de sons, mesurée pour la première fois en 2025, concerne déjà 9,6 % des entreprises.
La hiérarchie est révélatrice. L’adoption actuelle semble d’abord portée par des technologies susceptibles de s’insérer dans des activités existantes (traitement de texte, création de contenus, génération de langage ou de code) plutôt que par les solutions nécessitant les déploiements techniques les plus lourds.
Autrement dit, l’IA ne pénètre pas l’entreprise par un grand bouleversement uniforme : elle s’installe usage après usage.
Du Danemark à la Roumanie : huit fois plus d’IA d’un bout à l’autre de l’Europe
Changer de pays, c’est aussi changer radicalement de niveau d’adoption.
Le Danemark atteint 42 %, suivi par la Finlande (37,8 %), la Suède (35 %) et la Belgique (34,5 %).
La moyenne de l’Union européenne s’établit à 20 %. La France, à 18,2 %, reste légèrement en dessous, devant notamment l’Italie (16,4 %).
Plus loin dans le classement, la Bulgarie atteint 8,6 %, la Pologne 8,4 % et la Roumanie seulement 5,2 %.
Entre les deux extrêmes, le rapport dépasse donc un à huit.
Cette géographie de l’adoption vient compléter la fracture observée selon la taille des entreprises : derrière un même mouvement technologique se trouvent des réalités économiques et des capacités d’intégration très différentes.
Le prochain enjeu de l’IA se joue aussi chez ceux qui l’accompagnent
Pour les agences et prestataires B2B, ces écarts dessinent un autre versant du marché.
Une PME peut vouloir adopter l’IA sans disposer d’une équipe dédiée capable de sélectionner les technologies pertinentes, de les intégrer ou d’accompagner leur prise en main. Conseil, intégration et formation deviennent alors trois maillons déterminants pour réduire l’écart entre intérêt pour l’IA et capacité réelle à la déployer.
Une problématique qui rejoint directement l’origine de Sortlist.
En 2014, Thibaut, Nicolas, Charles et Mike dirigent eux-mêmes une agence marketing lorsque leurs clients commencent à leur demander des recommandations. Ces entreprises veulent innover, mais ne possèdent ni toutes les compétences nécessaires en interne, ni la connaissance des équipes externes susceptibles de répondre à leurs besoins.
Sortlist naît de cette problématique : mettre en relation les entreprises avec des prestataires selon leurs expertises et leurs projets, plutôt qu’en fonction de leur seule taille.
Depuis 2014, Sortlist indique avoir aidé 500 000 entreprises à trouver leur prochaine équipe. Aujourd’hui, la plateforme associe IA, conseil humain et avis clients et annonce plus de 120 000 entreprises utilisatrices chaque année, environ 98 000 prestataires dans son réseau mondial et 860 millions de dollars de projets annuels.
Des milliers de projets pour prendre le pouls du marché
Cette étude s’inscrit dans une ambition plus large : faire des données un outil régulier de lecture des transformations qui traversent les entreprises, avec un intérêt particulier pour l’intelligence artificielle.
L’analyse est portée par Vincent Vandegans, entrepreneur et ingénieur en génie informatique, qui analyse et conçoit notamment des solutions pour les PME.
La méthode de Sortlist repose sur l’analyse de nombreuses sources, croisées avec ses données propriétaires issues de milliers de projets. L’objectif est également de traduire ces enseignements sous une forme visuelle, grâce à des graphiques dynamiques facilitant leur compréhension.
Pour cette étude, l’analyse s’appuie notamment sur les données Eurostat relatives à l’usage des TIC dans les entreprises.
Le chiffre de 20 % raconte donc une accélération.
Les écarts de 17 % à 55 %, ou de 5,2 % à 42 %, racontent autre chose : la bataille de l’adoption laisse progressivement place à celle de l’appropriation.
En 2026, le sujet ne sera peut-être plus de savoir si l’IA entre dans les entreprises européennes, mais à quelle vitesse chacune peut réellement la faire entrer dans son quotidien.
À propos de Sortlist
Une entreprise ne dispose pas toujours en interne des compétences nécessaires au moment précis où elle en a besoin. Sortlist met en relation les entreprises avec des prestataires sélectionnés en moins de 48 heures, en associant intelligence artificielle, conseil humain et avis de clients.
La plateforme rassemble un réseau mondial d’environ 98 000 prestataires. Plus de 120 000 entreprises l’utilisent chaque année, pour un volume annoncé de 860 millions de dollars de projets annuels.
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