Chaque année, près de 800 000 skis sont mis sur le marché en France. Une fois remplacés, une grande partie finit pourtant en déchetterie puis en incinération, faute de filière de réemploi structurée.
Pionnière de cette démarche depuis 2015, ArtSkiTech est toujours là. Avec son atelier, ses savoir-faire et l’ensemble de ses produits, l’association est aujourd’hui prête à répondre à toutes les demandes de vente, de location et de créations sur mesure à partir de skis et de snowboards usagés.
Conçu pour résister aux conditions les plus extrêmes, le ski est un concentré de matériaux techniques dont la fabrication mobilise d’importantes ressources naturelles. Symbole de la montagne, il laisse pourtant derrière lui une empreinte environnementale bien réelle. ArtSkiTech défend une autre vision : faire de ces équipements en fin de vie une ressource locale, transformée en mobilier, aménagements ou structures constructives, au service d’une économie plus circulaire.
Malgré la liquidation de la coopérative SkiTEC, l’aventure se poursuit. ArtSkiTech, à l’origine de cette initiative, poursuit son développement et accompagne aujourd’hui particuliers, entreprises, collectivités et acteurs de la montagne dans tous leurs projets de réemploi.
D’un déchet sportif à un matériau de construction : une piste encore largement inexplorée
Pour ArtSkiTech, la question dépasse largement le seul sujet du recyclage.
L’association défend l’idée que le ski constitue avant tout un matériau dont les propriétés restent sous-exploitées une fois sa carrière sportive terminée.
Estimée à plus de 100 000 euros par mètre cube lorsqu’elle est intégrée dans un ski neuf, cette matière composite associe résistance mécanique, souplesse et durabilité.
Selon les membres de l’association, son utilisation permet d’éviter le recours à des matériaux neufs comme le bois, l’acier ou le plastique.
À l’échelle des volumes concernés, les enjeux deviennent significatifs.
ArtSkiTech souhaite faire de l’usage des skis une évidence pour les particuliers, les professionnels et les collectivités : un abri vélo, une petite charpente, un hangar, une pergola, du mobilier, un aménagement intérieur ou une installation décorative peuvent devenir autant d’occasions de remplacer des matériaux neufs par une ressource locale déjà disponible.
Si seulement la moitié des skis mis sur le marché chaque année étaient collectés et réemployés, ce sont plusieurs milliers de mètres cubes de matières premières qui pourraient être économisés.
Le potentiel représenterait entre 50 000 et 100 000 m² de charpentes ou de structures chaque année.
Pour les porteurs du projet, le ski ne devrait plus être considéré comme un déchet mais comme une ressource locale disponible au pied des montagnes.
Une aventure collective née dans les Alpes en 2015
L’histoire commence en Chartreuse.
Face à la quantité de skis observée dans les déchetteries, Biel, artiste de cirque, imagine la réalisation d’un dôme géodésique entièrement conçu à partir de skis usagés.
Au même moment, à Chambéry, deux pionniers travaillent déjà sur la collecte et le réemploi d’équipements de montagne, soit pour les remettre sur la neige, soit pour les transformer en mobilier.
Ces initiatives convergent progressivement pour donner naissance au collectif Géodeski, rassemblant universitaires, ingénieurs, skimans
et artistes
Créé en 2015, ce groupe informel rassemble des passionnés issus d’horizons variés, décidés à mettre leurs compétences en commun autour d’une même conviction : les skis usagés peuvent devenir une ressource.
De l’association à la coopérative, puis retour aux sources
Au fil des années, les expérimentations se multiplient.
L’association participe à la création de la coopérative SkiTEC afin de structurer l’activité économique et d’accélérer le développement de solutions capables de détourner massivement les skis de l’incinération.
L’expérience s’interrompt toutefois en 2024 avec la liquidation de la coopérative.
Un épisode qui marque durablement l’image du projet.
Pour autant, l’histoire ne s’arrête pas là.
À la suite de cette fermeture, l’association reprend l’ensemble des activités : recherche et développement, prototypage, production et accompagnement de projets.
Installée désormais à Barberaz, elle poursuit son travail avec une ambition inchangée : démontrer qu’il existe des usages crédibles, reproductibles et commercialisables pour les skis arrivés en fin de première vie.
Du mobilier sur mesure aux charpentes : dix ans d’expérimentation pour élargir les usages
Depuis 2015, ArtSkiTech a progressivement développé une expertise pionnière dans la connaissance et la transformation du ski.
L’association conçoit aujourd’hui une gamme de mobilier personnalisable fabriquée localement.
Mais son activité ne se limite plus à l’aménagement intérieur.
Les équipes travaillent également sur des abris vélos, abris bus, pergolas, hangars, support pour panneaux photovoltaïques et tout projet de charpentes utilisant les skis comme matériau principal.
Cette diversification répond à un constat simple : plus les débouchés sont nombreux, plus il devient possible d’envisager une véritable filière de réemploi à l’échelle des territoires de montagne.
Faire émerger une culture du réemploi dans l’univers de la montagne
Au-delà des réalisations concrètes, ArtSkiTech revendique également un rôle de sensibilisation.
L’association s’appuie sur trois valeurs fondatrices : le partage, la créativité et l’écologie.
Elle développe régulièrement des formats pédagogiques, animations et événements destinés à encourager une prise de conscience autour de l’économie circulaire.
L’objectif est d’accompagner les acteurs de la montagne (exploitants de remontées mécaniques, hôteliers, restaurateurs, collectivités, architectes, décorateurs d’intérieur, associations et particuliers) dans une réflexion plus large sur le devenir des ressources déjà présentes sur leur territoire.
Car derrière chaque ski promis à l’incinération se cache potentiellement un matériau capable de prolonger son existence pendant plusieurs décennies.
Et derrière la dynamique proposée par ArtSkiTech se dessine une invitation très concrète : acheter, louer, commander, offrir ou faire fabriquer sur mesure des objets et structures qui racontent la montagne autrement.
Dans un contexte de raréfaction des ressources, ArtSkiTech rappelle qu’un déchet peut redevenir une matière première, qu’un souvenir peut devenir un objet d’usage, et qu’un symbole fort de la montagne peut aussi devenir le point de départ d’une économie locale plus créative, plus circulaire et plus responsable.
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