Aurélie Vannerie – ni panier, ni folklore, une vannerie qui revendique sa place dans le design

À force d’être reproduite, copiée, simplifiée, la vannerie a fini par disparaître derrière une image figée : celle d’un objet utile, discret, presque anodin. Panier, rangement, accessoire décoratif sans aspérité ; un vocabulaire réduit, largement alimenté par des productions standardisées qui ont progressivement redéfini la norme.

Dans cet environnement saturé, la question n’est plus de savoir comment préserver un savoir-faire, mais comment le déplacer.

Comment redonner à l’osier une capacité d’étonnement, de présence, de tension ?

À Cholet, Aurélie Bossu, fondatrice d’Aurélie Vannerie, ne cherche ni à expliquer ni à rassurer.

Elle ne défend pas la vannerie, elle la pratique autrement.

Depuis 2020, elle développe une écriture singulière, où chaque pièce s’affranchit de l’usage attendu pour devenir un objet de regard. Une vannerie qui ne remplit plus une fonction, mais qui prend position.

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Aurélie Vannerie : écrire avec l’osier plutôt que produire des objets

Dans l’atelier, rien ne commence par une fonction. Il n’est jamais question de produire un panier, ni même de répondre à un besoin. Ce qui guide le geste, c’est une forme de tension : celle qui naît entre la matière et l’intention, entre ce que l’on attend de la vannerie et ce qu’elle peut encore devenir.

Les pièces qui en émergent ne cherchent pas à être pratiques. Elles cherchent à exister. À occuper un espace, à créer un déséquilibre, à capter le regard sans se justifier. Suspensions, structures, volumes : chaque création s’impose comme une présence, presque comme une évidence une fois installée, mais inattendue au premier regard.

Ce basculement repose sur une position claire. La vannerie n’est plus un objet du quotidien. Elle devient un médium. Un langage formel, identifiable, porté par une signature déposée à l’INPI. Non pas une variation autour d’un savoir-faire, mais une écriture à part entière.

Une fois rencontrée, cette écriture ne se confond plus. Elle ne se compare pas. Elle s’impose comme un point de repère dans un paysage où tout tend à se ressembler.

Faire dialoguer l’osier avec des matières inattendues : une tension comme langage

Si l’osier constitue le point de départ, il n’est jamais seul. Dans les créations d’Aurélie Vannerie, il entre en relation avec des matériaux issus d’autres univers, notamment le pneu de kart recyclé. Une association qui, loin d’être anecdotique, devient un véritable moteur de création.

Ce dialogue produit une tension visible. Entre souplesse végétale et rigidité industrielle, entre matière vivante et matière transformée. Cette tension n’est pas atténuée, elle est au contraire recherchée, amplifiée, jusqu’à devenir une signature.

Ce choix s’inscrit dans une réflexion plus large sur la ressource. Là où la vannerie traditionnelle utilisait les matériaux disponibles dans son environnement immédiat, la création contemporaine doit composer avec une réalité différente : celle d’un monde où les déchets constituent une matière première incontournable.

Dans cette logique, l’atelier développe une approche qui :

  • Intègre les matériaux recyclés comme éléments constitutifs des pièces ;
  • Assume leur présence sans chercher à les dissimuler ;
  • Transforme la contrainte technique en levier esthétique.

L’osier local reste au cœur du travail, sélectionné auprès d’osiériculteurs français. Mais il s’inscrit désormais dans un système élargi, où les matières dialoguent plutôt que de s’opposer.

Concevoir à plusieurs mains, penser à l’échelle des espaces

La vannerie d’Aurélie Bossu ne se limite pas à des objets autonomes. Elle se construit souvent dans le dialogue, en collaboration avec des architectes d’intérieur ou des décorateurs.

Le sur-mesure est un point de départ. Chaque projet naît d’un lieu, d’une contrainte, d’une intention partagée. La pièce ne vient pas se poser dans un espace existant : elle le redessine.

Une suspension modifie la perception de la lumière. Une structure accompagne un volume, en souligne les lignes, en révèle les tensions. L’osier devient un élément actif de l’architecture intérieure.

Ce processus implique une autre temporalité. Rien n’est immédiat. Il faut tester, ajuster, recommencer. Trouver le point d’équilibre entre la contrainte technique et la liberté formelle. Accepter que la matière impose ses limites, tout en cherchant à les déplacer.

Dans cet aller-retour constant, la pièce prend forme. Unique, non reproductible, liée à un contexte précis. Une création qui ne peut exister ailleurs de la même manière.

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Réalisation sur mesure cabane en osier

Cholet comme socle, la création comme mouvement

L’atelier est installé à Cholet, mais il ne fonctionne pas en vase clos. Il s’inscrit dans un territoire, dans une filière, dans un réseau de savoir-faire encore fragile. L’osier est local, les relations sont directes, les échanges concrets.

Cet ancrage ne relève pas d’un discours. Il conditionne la manière de travailler. Il inscrit la création dans une réalité matérielle, dans un environnement précis.

Dans le même temps, la pratique ne se fige pas. Elle évolue, se nourrit, se transforme. Aurélie Bossu poursuit sa formation, notamment au sein de la Société coopérative agricole de vannerie de Villaines-les-Rochers. Un lieu où le geste se transmet, se précise, se questionne.

L’atelier s’ouvre aussi, régulièrement, à des initiations. Des formats courts, en petit comité, où l’on vient éprouver la matière. Comprendre ce que signifie tresser, répéter, recommencer. Mesurer la résistance de l’osier, la précision du geste, la lenteur nécessaire.

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Vingt ans dans la mode, et puis déplacer le regard ailleurs

Avant l’osier, il y a eu le tissu, les volumes, les collections. Pendant deux décennies, Aurélie Bossu évolue dans l’univers du design de mode, au sein de maisons et de groupes comme Burberry, Nike ou Bébéconfort. Un environnement où tout se joue dans le détail, dans la coupe, dans la manière dont une matière tombe, se tend, accompagne un mouvement.

Ce regard ne disparaît pas lorsqu’elle fonde Aurélie Vannerie en 2020. Il se déplace. Il s’applique autrement. Dans chaque pièce, on retrouve cette attention aux lignes, à l’équilibre des formes, à la finition. Rien n’est laissé au hasard, mais rien n’est figé non plus.

Son parcours ne relève pas d’une rupture romantique avec un ancien monde, mais d’un prolongement. Celui d’une designer qui change de matériau, sans renoncer à son exigence. La vannerie devient alors un nouveau terrain, plus contraint, plus physique aussi, mais infiniment ouvert.

Depuis près de sept ans, l’atelier se construit autour de trois axes qui dialoguent entre eux : la création de pièces contemporaines, le développement de projets sur-mesure et la transmission. Un équilibre qui permet de maintenir une tension fertile entre recherche, production et partage.

Reconnue par le premier prix de la création métiers d’art et membre des Ateliers d’Art de France, Aurélie Bossu inscrit son travail dans un cadre professionnel structuré. Mais ce cadre ne dicte pas la forme. Il accompagne une démarche qui, elle, reste profondément personnelle.

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L’expression d’un regard sensible et engagé

La vannerie développée par Aurélie Vannerie s’adresse à celles et ceux qui recherchent des pièces singulières, sensibles et à l’esthétique pleinement assumée.

Elle s’adresse à ceux qui acceptent d’être surpris. À ceux qui cherchent une pièce qui ne se laisse pas immédiatement définir. Architectes d’intérieur, galeries, collectionneurs : des regards capables de percevoir autre chose qu’un usage.

Cette orientation s’accompagne d’une ambition claire : inscrire la vannerie dans des espaces où elle est encore peu attendue. Intérieurs singuliers, publications spécialisées, sélections exigeantes comme celles d’Ateliers d’Art de France, ou magazines tels que Home, Milk ou AD.

Non pas pour légitimer la démarche, mais pour la confronter à des contextes où elle peut réellement exister.

En savoir plus

Site web : https://aurelievannerie.fr/realisations/

Instagram : https://www.instagram.com/aurelievannerie/

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