On dit que l’on est stressé quand on a peur. Que « tout va bien » quand on est triste. Que l’on préfère ne rien dire lorsqu’on est en colère. Que l’on garde une réussite pour soi pour ne pas sembler prétentieux.
Jamais les questions de santé mentale, de bien-être, de stress ou de qualité des relations n’ont autant occupé l’espace public.
Et pourtant, lorsqu’il s’agit de répondre à une question aussi élémentaire que « Qu’est-ce que je ressens exactement ? », les mots viennent parfois à manquer.
Psychologue clinicien, auteur et conférencier, Robert Zuili en a fait le fil rouge de plus de vingt années de travail, aujourd’hui notamment portées par l’Institut du Lien. Il l’incarne aujourd’hui à travers un positionnement : « Porte-parole des émotions ».
Son ambition n’est pas d’ajouter une nouvelle méthode de “gestion émotionnelle”, mais de contribuer à développer une véritable culture des émotions.
Parce que ce que l’on ne sait pas reconnaître en soi ne disparaît pas, elle cherche une autre voie pour s’exprimer : cela peut devenir silence, comportement, tension ou incompréhension dans la relation à l’autre.
On sait raconter ce qui s’est passé. Dire ce que l’on a ressenti est une autre histoire.
Une réunion se termine mal. On peut expliquer qui a dit quoi, à quel moment et pourquoi le désaccord est apparu.
Un proche nous blesse. On peut raconter les faits dans leurs moindres détails.
Une décision professionnelle inquiète. On peut en dresser la liste des risques.
Mais derrière l’analyse demeure une question : qu’est-ce que cette situation a réellement provoqué en soi ?
Robert Zuili retrouve cette difficulté depuis plus de vingt ans dans sa pratique et ses accompagnements. Il a rencontré des personnes compétentes, expérimentées, capables d’analyser avec finesse des situations complexes, mais beaucoup moins à l’aise lorsqu’il leur demandait ce qu’elles ressentaient précisément.
Le paradoxe l’interpelle : le vocabulaire pour parler de stratégie, de technologie, de finance ou de performance est extrêmement riche. Le langage émotionnel, lui, reste souvent imprécis, pauvre ou défensif.
Alors on contourne :
- La peur devient de la « prudence » ;
- La colère est retenue pour éviter le conflit ;
- La tristesse se cache derrière un « ça va » ;
- La joie elle-même peut être minimisée par peur du regard des autres.
Pour Robert Zuili, ce décalage est loin d’être anodin. Car une émotion que l’on ne reconnaît pas ne cesse pas d’exister. Elle continue d’agir et peut se traduire par une réaction, un silence, une distance, une tension ou une incompréhension.
Ce qui se passe en nous finit, d’une manière ou d’une autre, par se passer entre nous.
Être « porte-parole » de ce que l’on ressent sans parvenir à le formuler
C’est de cette observation qu’est née progressivement l’expression « Porte-parole des émotions ».
Elle résume une démarche : mettre des mots sur ce que chacun peut éprouver sans toujours parvenir à l’identifier ou à le formuler.
Robert Zuili ne cherche pas à apprendre à contrôler les émotions, encore moins à les faire disparaître. Son approche part d’un principe différent : une émotion est d’abord une information.
Il s’agit donc moins de demander « Comment gérer ma colère ? » que de comprendre pourquoi cette colère apparaît. Moins de chercher immédiatement à éliminer une peur que d’écouter ce qu’elle révèle. Moins de dissimuler une tristesse que de parvenir à la reconnaître.
Cette différence est au cœur de son travail.
Elle conduit à regarder successivement :
- Ce que l’on ressent, au-delà des mots réflexes utilisés pour le décrire ;
- Ce que cette émotion raconte de la situation vécue ;
- Ce qu’elle provoque dans les comportements et les décisions ;
- Ce qu’elle fait à la relation avec les autres.
Une ligne directrice rassemble cette démarche : « Comprendre ce qui se passe en nous pour mieux prendre soin de ce qui se passe entre nous. »
Et si l’éducation émotionnelle était le chaînon manquant ?
La société a appris à être attentive à sa santé physique. Elle commence également à parler plus ouvertement de santé mentale.
Pour Robert Zuili, une étape supplémentaire consiste à développer une culture émotionnelle : apprendre à reconnaître la peur, la colère, la tristesse ou la joie lorsqu’elles apparaissent, mais aussi les sentiments et comportements auxquels elles peuvent conduire.
L’enjeu dépasse largement le développement personnel.
À quoi sert une meilleure compréhension de nos émotions ?
Comprendre les émotions n’est pas une fin en soi. C’est une grille de lecture de nombreux phénomènes individuels et collectifs.
Dans le monde professionnel, elle permet d’éclairer autrement des enjeux aussi différents que la santé mentale, le stress, les conflits, le harcèlement, les difficultés managériales ou les tensions au sein des équipes. Derrière certains comportements visibles se jouent souvent des peurs, des colères, des sentiments d’injustice, d’insécurité ou de dévalorisation qui, lorsqu’ils ne sont ni identifiés ni compris, peuvent altérer durablement les liens.
Mais cette lecture dépasse largement l’entreprise. Les émotions participent aussi à la manière dont une société traverse une crise, vit la contestation, réagit à l’incertitude ou se polarise. La peur peut nourrir le repli, la méfiance ou la défiance ; la colère peut devenir protestation ou mobilisation, alors le sentiment d’injustice peut fédérer un collectif comme radicaliser une opposition. Elles n’expliquent évidemment pas à elles seules des phénomènes complexes tels que le racisme, la violence ou les fractures sociales, mais elles peuvent contribuer à comprendre les mécanismes psychologiques qui les accompagnent et parfois les amplifient.
La sphère politique n’échappe pas à ces mécanismes. Les discours publics ne mobilisent pas uniquement des idées, des programmes ou des raisonnements : ils activent également des émotions. Peur du déclassement, colère face à une injustice réelle ou perçue, sentiment d’insécurité, espoir ou fierté collective peuvent devenir de puissants vecteurs d’adhésion, de rejet ou de mobilisation. Décrypter les émotions permet alors de mieux comprendre pourquoi certaines représentations cristallisent l’opinion et pourquoi certains discours rencontrent un écho particulier.
Être « Porte-parole des émotions », c’est donc aussi proposer une lecture de ces grands enjeux : identifier ce qui se joue émotionnellement derrière les comportements individuels, les relations professionnelles et les mouvements collectifs, sans réduire leur complexité à la seule émotion.
C’est également ce qui distingue le travail de Robert Zuili : ne jamais séparer durablement émotion et relation.
Son sujet n’est pas uniquement « ce que je ressens », mais également : qu’est-ce que ce que je ressens produit lorsque j’entre en relation avec quelqu’un d’autre ?
De l’émotion individuelle à la qualité de la relation
Au fil de ses recherches et de sa pratique, Robert Zuili a structuré plusieurs concepts et outils autour du spectre et des territoires émotionnels, du fonctionnement sous stress, de la signature relationnelle, de l’hygiène émotionnelle ou encore de la qualité relationnelle.
Cette réflexion nourrit aujourd’hui un chantier particulier dans le monde professionnel : parvenir progressivement à considérer la qualité de la relation comme une dimension observable et mesurable du travail, au même titre que d’autres réalités organisationnelles.
L’objectif est d’articuler deux niveaux qui sont encore souvent traités séparément : l’expertise émotionnelle individuelle et l’intelligence relationnelle collective.
Car derrière un conflit d’équipe, une difficulté managériale ou un problème de communication, il peut aussi y avoir des émotions mal identifiées, mal exprimées ou mal comprises.
Plus de vingt ans à observer ce qui se joue entre émotion, comportement et relation
Psychologue clinicien, auteur, conférencier et spécialiste du spectre émotionnel – Par spectre émotionnel, Robert Zuili désigne l’ensemble des formes que peuvent prendre nos émotions, des ressentis les plus immédiats aux sentiments et comportements qu’elles peuvent générer -, Robert Zuili accompagne depuis plus de vingt ans des dirigeants, managers et équipes sur les questions d’émotions, de comportements et de relations humaines.
Son parcours lui donne un double regard : celui du psychologue clinicien et celui du praticien de l’entreprise. Consultant spécialisé dans l’évaluation psychologique de candidats, puis dirigeant et entrepreneur, il a également enseigné pendant près de vingt ans en Executive MBA à l’EM Lyon.
Il a consacré une dizaine d’ouvrages à ces sujets, parmi lesquels Le pouvoir des liens, publié chez Mango en 2023.
Il est aujourd’hui à l’origine de l’Académie des Émotions, qui porte notamment la marque Institut du Lien, et de travaux ayant conduit au développement de Be Well Together (BWT), entreprise technologique canadienne dont il est l’actionnaire principal et qui a développé un dispositif d’analyse des dynamiques émotionnelles et relationnelles dans le monde professionnel.
Avec « Porte-parole des émotions », cette expertise prend désormais la forme d’une parole destinée à dépasser le seul cadre de l’entreprise. Elle se déploiera à travers des interventions médiatiques, conférences, formations, publications et travaux menés au sein de l’Académie des Émotions et de l’Institut du Lien.
Car mieux comprendre nos émotions, ce n’est pas seulement mieux nous comprendre nous-mêmes. C’est aussi mieux comprendre ce qui se joue dans nos relations, dans nos organisations et, parfois, dans les mouvements qui traversent toute une société.
Avec une ambition qui tient finalement en une question très simple : avant de vouloir maîtriser ce que l’on ressent, ne faudrait-il pas commencer par savoir le reconnaître ?
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