Deux Français se croisent dans un aéroport étranger. Ils parlent la même langue, évoluent peut-être dans les mêmes milieux professionnels, rencontrent des problématiques similaires. Ils pourraient échanger, s’entraider, partager un contact ou une expérience. Pourtant, ils ne se regardent pas.
Marc Pascal Huot observe cette scène à Cluj en 1992.
Vingt-cinq ans plus tard, elle se répète à Sofia, Belgrade ou Chișinău. Derrière cette apparente anecdote, l’auteur voit le symptôme d’une réalité plus profonde : une difficulté française à créer du lien, à transmettre l’expérience acquise localement et à transformer des présences individuelles en force collective.
C’est cette mécanique que décrypte La solitude française à l’étranger, qui paraît le 2 septembre 2026 aux Éditions Novastea.
Un livre qui pose une question rarement formulée ainsi : et si la solitude des Français hors des frontières avait aussi des conséquences économiques ?
Deux Français à l’étranger, deux trajectoires qui ne se croisent pas
« La solitude française à l’étranger n’est ni un accident, ni une fatalité. C’est un système. »
Le diagnostic est volontairement tranché. Mais il repose sur 34 années de présence à Bucarest et plus de 1 150 missions de développement international accompagnées auprès de PME et ETI françaises.
Marc Pascal Huot ne décrit donc pas seulement une solitude personnelle. Il analyse un fonctionnement collectif dans lequel les expériences s’additionnent sans toujours se transmettre, les acteurs coexistent sans nécessairement coopérer et la connaissance accumulée risque de disparaître au fil des rotations.
Une dispersion qu’il résume par l’une des formules centrales du livre : « La France à l’étranger est un temple aux colonnes dispersées. »
Comment fabrique-t-on de la solitude ? Dix mécanismes à la loupe
Pour comprendre cette situation, l’ouvrage identifie dix mécanismes historiques, culturels et institutionnels.
Marc Pascal Huot remonte notamment à l’héritage centralisateur de 1791 et à l’individualisme républicain. Il analyse aussi la méfiance culturelle transformée en réflexe contractuel ou encore le paradoxe du « village français à l’étranger », qui peut, selon lui, exclure davantage qu’il n’accueille.
Le livre s’arrête particulièrement sur trois solitudes institutionnelles : les Chambres de commerce, les Ambassades et le réseau des Conseillers du commerce extérieur.
Les premières composent, selon son analyse, avec des budgets contraints, des équipes en rotation et une difficulté à entretenir une mémoire longue. Les secondes regardent davantage le « grand jeu » institutionnel. Quant aux Conseillers du commerce extérieur, ils constituent un réseau dont les membres, constate-t-il, ne se connaissent pas toujours entre eux dans un même pays.
« Trois solitudes qui, additionnées, ne font pas un lien : elles font une absence. »
Au cœur du sujet apparaît ainsi une question essentielle pour les entreprises : qui conserve la mémoire d’un marché et de ses réseaux lorsque les personnes passent mais que les enjeux demeurent ?
Pendant que la France s’isole, l’Allemagne avance
La démonstration change d’échelle lorsque Marc Pascal Huot confronte cette organisation aux trajectoires commerciales.
L’ouvrage étudie les douze marchés sur lesquels il intervient : Roumanie, Bulgarie, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Grèce, Serbie, Moldavie, Bosnie-Herzégovine, Turquie, Pologne et Croatie.
Selon l’analyse développée dans le livre, le solde commercial de la France avec ces douze pays s’est effondré depuis 1990, quand l’Allemagne, partie d’une situation comparable, a suivi la trajectoire inverse. L’un des trois graphiques inédits superpose les deux courbes.
Cette comparaison conduit l’auteur à regarder au-delà des traditionnels enjeux de prix, de produits ou de compétitivité. Il interroge la manière dont se construisent la confiance, les réseaux et la continuité relationnelle.
Deux phrases cristallisent cette réflexion. Marc Pascal Huot dit les entendre en boucle dans les milieux d’affaires français à l’étranger : « il faut se méfier » et « on ne peut pas leur faire confiance ».
La solitude devient alors économique : elle pose la question de la capacité française à s’inscrire durablement dans un marché plutôt qu’à y juxtaposer des initiatives individuelles.
Le « mixte positif » : refaire chaîne là où chacun avance seul
Le livre ne se contente pas du constat. Il propose une voie de sortie : le « mixte positif ».
Son principe consiste à reconstruire la chaîne des Français à l’étranger, en acceptant que chaque maillon puisse être faible individuellement mais que leur mise en relation renforce l’ensemble.
Concrètement, Marc Pascal Huot défend trois changements : refuser les réflexes de méfiance ; recréer de la transmission entre les acteurs ; remettre en avant les résidents de longue durée plutôt que les seuls expatriés de passage.
Ces derniers possèdent une ressource difficilement remplaçable : la mémoire des marchés, mais aussi la langue, les codes, les réseaux et l’expérience accumulée.
Surtout, la proposition ne réclame pas la création d’une nouvelle structure :
« Le mixte positif ne demande ni loi, ni décret, ni réforme institutionnelle, ni budget, ni approbation ministérielle. Rien. Il ne repose sur aucune permission. »
La réponse avancée est donc d’abord humaine et opérationnelle : transmettre, connecter, mentorer, créer des cercles et refaire circuler l’expérience.
34 ans à Bucarest, 1 150 missions : un livre écrit depuis le terrain
Né en Normandie en 1964, diplômé du DESCF et titulaire d’une Licence en Sciences économiques de l’Université de Rouen, Marc Pascal Huot arrive en Roumanie en 1990, l’année suivant la chute du régime Ceaușescu.
En 1992, il fonde à Bucarest ce qui deviendra Eastrategies®, premier cabinet français spécialisé dans le développement des PME et ETI françaises en Europe centrale et orientale. La marque est aujourd’hui portée par Novastea SASU, société française basée à Rennes.
Ses interventions couvrent notamment la due diligence terrain, le sourcing de partenaires, l’implantation opérationnelle, la représentation commerciale et l’appui aux investisseurs institutionnels.
Il est également membre actif de la Fédération française de l’internationalisation (FFI), de Stratexio et de l’OSCI, et anime le Club France-Roumanie, cercle d’affaires bilatéral qui accueille aussi le hub défense pour la BITD française en Europe centrale et orientale.
La solitude française à l’étranger est son deuxième livre publié en 2026, après L’Europe de l’Est sans filtre : Le guide des dirigeants qui veulent réussir leur développement en Europe centrale et orientale, paru en juin.
Ni pamphlet ni polémique gratuite, ce deuxième volume assume trois dimensions : politique, par son plaidoyer pour un renouveau de la présence économique française hors frontières ; culturelle, par sa lecture historique du centralisme ; et opérationnelle, par les solutions proposées.
Préfacé par Christian Lemaître, figure reconnue des relations économiques franco-roumaines, il prolonge ainsi trente-quatre années d’observation d’une France qui sait partir à l’étranger, mais qui, selon Marc Pascal Huot, doit encore apprendre à y faire collectif.
Infos Pratiques
Titre : La solitude française à l’étranger
Sous-titre : Trente-quatre ans avec les PME françaises : pourquoi nous restons seuls, comment en sortir
Auteur : Marc Pascal Huot, fondateur d’Eastrategies®
Préface : Christian Lemaître
Éditeur : Éditions Novastea (imprint Novastea SASU, Rennes)
Parution : mardi 2 septembre 2026
Format : 170 pages, illustré, 3 graphiques inédits, 11 illustrations
Prix : 12,90 € broché / 4,99 € Kindle / 4,99 € EPUB
Distribution : Amazon (Kindle + broché), Apple Books, Kobo, Fnac (via Kobo), Google Play Books, Barnes & Noble, Vivlio, Tolino, Everand, OverDrive, cloudLibrary, Hoopla, BorrowBox, Bookshop.org.
En savoir plus
Sites web : eastrategies.fr · novastea.fr
Amazon : https://www.amazon.it/dp/B0HFC4D75V

