Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 13 octobre, la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles marque une avancée historique. Mais une question essentielle mérite d’être posée : peut-on véritablement lutter contre les violences sexuelles sans renforcer la prévention auprès des personnes susceptibles de les commettre ?
À un mois de la sortie de Tu ne jugeras point, la réalisatrice Sabrina Nouchi et la FFCRIAVS appellent à ouvrir ce débat encore largement tabou.
Une victoire historique, mais un débat qui reste à ouvrir
503 voix pour, aucune contre. Mardi 13 octobre, l’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi dite « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles, portée par une coalition transpartisane et soutenue par de nombreuses associations féministes et de protection de l’enfance.
Une adoption historique, saluée par Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, comme une « immense victoire d’étape ». Mais alors que le texte doit désormais poursuivre son parcours au Sénat, certaines voix dénoncent déjà une « loi angle mort », tandis que les associations réclament des moyens à la hauteur des ambitions affichées.
Et si l’un des débats à ouvrir concernait aussi les auteurs potentiels de violences sexuelles ?
Car si la loi entend agir sur toute la chaîne des violences, du repérage à la réparation, une question demeure : que faisons-nous concrètement pour empêcher qu’une personne passe à l’acte, avant qu’un enfant ne devienne victime ?
La justice intervient lorsqu’une infraction a été commise. Mais la protection des enfants ne peut reposer uniquement sur la capacité à identifier, poursuivre et condamner les auteurs.
Elle suppose aussi d’intervenir en amont, auprès des personnes qui identifient chez elles un risque de passage à l’acte et souhaitent obtenir de l’aide.
Une loi peut-elle être pleinement « intégrale » si la prévention du passage à l’acte ne bénéficie pas d’une place et de moyens à la hauteur de cet enjeu ?
Prévenir la pédocriminalité : oser parler de ceux qui pourraient passer à l’acte
C’est sans doute l’une des questions les plus difficiles à poser dans le débat public.
En France, lorsqu’une affaire de pédocriminalité éclate, les mots sont connus : victimes, enquête, procès, condamnation. Mais une autre question reste trop rarement posée : aurait-on pu empêcher ces violences ?
Prévenir les violences sexuelles sur mineurs implique notamment de permettre aux personnes attirées sexuellement par les enfants, et qui craignent de passer à l’acte, de demander une aide spécialisée avant qu’une infraction ne soit commise.
Or, la honte, la peur d’être jugé et le poids du tabou peuvent constituer des obstacles majeurs à cette démarche.
Des dispositifs existent pourtant.
La FFCRIAVS (Fédération Française des Centres Ressources pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles) est notamment à l’origine du dispositif national STOP, un service téléphonique confidentiel et non surtaxé (0 806 23 10 63), qui oriente les personnes concernées vers des professionnels de santé spécialisés.
Son objectif : prévenir le passage à l’acte, plutôt que d’attendre qu’une nouvelle victime soit à déplorer.
En 2025, 4 577 personnes ont composé le numéro STOP. La plupart d’entre elles ont raccroché avant de s’autoriser à parler. La honte est le frein n°1. Un film grand public peut aider à réduire cette honte. C’est aussi pourquoi nous soutenons Tu ne jugeras point.
Daniel Pinède, président de la FFCRIAVS, psychiatre
Ces appels témoignent d’un enjeu majeur : rendre la demande d’aide possible, accessible et moins stigmatisante.
Parler des auteurs potentiels n’est pas détourner le regard des victimes. C’est précisément chercher à éviter qu’il y en ait de nouvelles.
Tu ne jugeras point : le film qui pose la question que personne ne veut entendre
Et si, pour protéger les enfants, il fallait aussi accepter de regarder en face ceux qui pourraient leur faire du mal ?
C’est le pari audacieux de Sabrina Nouchi dans son nouveau long-métrage, Tu ne jugeras point, en salles le 18 novembre 2026.
Le film raconte l’histoire de Yasmine, ancienne victime de violences sexuelles, qui décide de créer un lieu d’accueil pour des hommes attirés sexuellement par les enfants et cherchant de l’aide pour ne pas passer à l’acte.
Un point de départ dérangeant, qui bouscule les représentations habituelles et interroge les limites de notre réponse collective face aux violences sexuelles.
Car le film ne demande pas de pardonner les violences. Il pose une question autrement plus inconfortable : pourquoi attendons-nous qu’un crime soit commis pour nous préoccuper de ceux qui risquent de le commettre ?
À travers le parcours de Yasmine, Sabrina Nouchi invite à dépasser l’opposition entre protection des victimes et prévention auprès des auteurs potentiels.
Comprendre n’est pas excuser. Accompagner n’est pas cautionner. Prévenir, c’est protéger.
Ouvrons le débat sur la prévention, maintenant
Alors que la proposition de loi intégrale arrive au Sénat, Tu ne jugeras point entend contribuer à un débat de société encore trop peu audible.
Comment mieux faire connaître les dispositifs de prévention ? Comment lever les freins qui empêchent certaines personnes de demander de l’aide ? Quelle place donner à la prise en charge spécialisée dans les politiques publiques de lutte contre les violences sexuelles ? Et surtout, quels moyens y consacrer ?
Ces questions ne s’opposent ni aux droits des victimes, ni au renforcement de la justice, ni aux avancées législatives. Elles en sont le prolongement nécessaire.
Le cinéma peut contribuer à ouvrir cet espace de discussion, sans se substituer aux professionnels, aux associations ou aux institutions.
Quand je me suis lancée dans ce film, tout le monde m’a dit que c’était risqué. Trop clivant. J’ai fait exactement le contraire de ce qu’on attendait, parce que c’est là, dans cet inconfort, que se trouve la seule réponse réelle. Non pour excuser. Pour empêcher que ça recommence.
Sabrina Nouchi, réalisatrice
Une tournée de projections-débats, organisée avec la FFCRIAVS, accompagnera la sortie du film afin de sensibiliser le grand public et les professionnels à la prévention des violences sexuelles et de faire connaître le dispositif STOP.
L’adoption de la loi intégrale est une avancée majeure. Elle doit aussi être l’occasion d’ouvrir une réflexion sur ce que signifie réellement prévenir les violences sexuelles.
Car protéger les enfants ne consiste pas seulement à mieux sanctionner les violences commises. C’est aussi se donner les moyens d’empêcher qu’elles surviennent.
Sabrina Nouchi : le film le plus risqué de sa carrière
Réalisatrice marseillaise, Sabrina Nouchi s’est imposée dans le cinéma indépendant français comme une voix engagée sur les violences sexuelles et les questions de société.
Son précédent long-métrage, Ça arrive, a généré plus de 24 millions de vues sur les réseaux sociaux grâce à sa campagne de sensibilisation.
Avec Tu ne jugeras point, elle poursuit cette démarche en abordant un sujet encore largement tabou : la prévention de la pédocriminalité auprès des personnes susceptibles de passer à l’acte.
Un film qui entend provoquer la discussion, déplacer les regards et rappeler que la prévention est aussi une responsabilité collective.
Fiche du film
TU NE JUGERAS POINT — Au cinéma le 18 novembre 2026
Réalisé par Sabrina Nouchi. Scénario de Catherine Sorolla et Sabrina Nouchi.
Produit par Les Enfants Terribles et Les Affranchis, avec Yohan Baiada et Sabrina Nouchi à la production, et Arnaud Kerneguez à la production exécutive.
Avec : Catherine Sorolla, Milo Chiarini, Chloé Stefani, Mehdi Aoudjera, Florian Thinard, Loïc Ouvrard, Enzo Marzanato, Dylan Gautier, Éric Delcourt et Yannick André.
En partenariat avec la FFCRIAVS — Dispositif STOP : 0 806 23 10 63
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Dossier de presse : https://tunejugeraspoint.com/




