“Les rêves fanés ne refleurissent pas” : Romane Saint-Jean poursuit son exploration des destins féminins façonnés par les conventions

Certaines générations ont appris très tôt à composer avec la retenue.

À aimer sans s’abandonner, à choisir sans toujours désirer, à construire des vies solides au prix de renoncements rarement nommés. Longtemps, ces trajectoires ont trouvé leur cohérence dans le cadre familial, le respect des rôles et l’adhésion aux conventions sociales, quitte à reléguer les élans intimes au second plan.

Lorsque le temps passe et que les obligations se desserrent, ces existences apparemment accomplies se retrouvent parfois confrontées à ce qu’elles ont soigneusement différé.

C’est au cœur de cette tension entre devoir et désir que s’inscrit Les rêves fanés ne refleurissent pas, nouveau roman de Romane Saint-Jean.

Suite de Comment on coupait les ailes des filles, tout en pouvant être lu indépendamment, le livre prolonge une œuvre consacrée aux récits familiaux et aux destins féminins contrariés, en suivant le parcours de Roxane, femme construite par un mariage de raison, trente années de retenue affective, et le retour inattendu d’un passé qu’elle croyait maîtrisé.

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Un roman de continuité littéraire, ancré dans le récit familial

Les rêves fanés ne refleurissent pas s’inscrit dans la continuité directe de Comment on coupait les ailes des filles.

Les deux romans partagent un même socle narratif : celui du récit familial, inscrit dans une époque marquée par des normes sociales fortes et par des destins féminins souvent contraints.

Cette continuité n’implique pourtant aucune dépendance de lecture. Le roman a été pensé comme un récit autonome, accessible à tout lecteur, tout en prolongeant les thématiques et l’univers développés précédemment.

Romane Saint-Jean s’inscrit dans une tradition littéraire qui privilégie le temps long, la transmission et l’analyse des trajectoires individuelles. Le roman ne cherche pas l’événement spectaculaire, mais s’attache à comprendre comment une existence se construit, se stabilise, parfois se fige, sous l’effet conjugué de l’éducation, des attentes sociales et des choix imposés par les circonstances.

Roxane, ou l’apprentissage du renoncement

Au centre du récit se trouve Roxane. Après une jeunesse qualifiée de tumultueuse, elle connaît un amour déterminant avec François Lejeune. Cette relation ouvre une perspective de bonheur, fondée sur l’élan et le sentiment. Mais la guerre vient interrompre brutalement cet avenir possible. La séparation s’impose, longue, incertaine, et l’attente devient insupportable.

C’est dans ce contexte que Roxane fait un choix décisif : elle épouse Henri Valmontel. Ce mariage n’est pas un mariage d’amour, mais un mariage de raison. Il répond à une logique de stabilité et de conformité aux normes de l’époque. Ce choix structure durablement son existence.

Les trente années suivantes sont marquées par une mise à distance volontaire des sentiments. Roxane “met son cœur en veilleuse” et se consacre à sa réussite familiale et professionnelle. Cette réussite n’est pas présentée comme un simple décor narratif, mais comme l’armature même de sa vie : un édifice solide, construit sur la retenue émotionnelle et sur l’acceptation des rôles assignés.

Le roman donne à voir cette période non comme une absence de vie, mais comme une discipline intime. Il montre comment l’on apprend à tenir, à se convaincre, à avancer sans interroger ce qui a été sacrifié.

Le basculement : quand les rôles s’effacent

Le point de rupture survient lorsque les enfants quittent le foyer. Ce départ, souvent perçu comme une étape naturelle, agit ici comme un révélateur. Privée de ses rôles structurants, Roxane se retrouve confrontée à l’ennui et au vide.
Ce vide n’est pas seulement domestique : il est existentiel. Il ouvre un espace où les souvenirs, longtemps contenus, peuvent refaire surface.

Le passé revient alors “jouer les séducteurs”. Cette formulation éclaire l’un des ressorts majeurs du roman : le passé n’est pas un simple souvenir, mais une force active, capable de troubler un équilibre construit patiemment. Le récit s’organise autour de cette tension : ce retour sera-t-il une libération ou une nouvelle épreuve ? Le roman laisse cette question ouverte, refusant toute réponse définitive.

Le temps, l’irréversibilité et la lucidité

Le titre, Les rêves fanés ne refleurissent pas, constitue une clé de lecture essentielle. Il annonce d’emblée une posture lucide : certains choix engagent une vie entière, et tout ne peut être réparé.

Le roman ne propose ni rédemption facile ni renaissance idéalisée. Il interroge ce que devient une existence lorsque l’on a appris à différer ses désirs, à vivre selon les conventions, à faire passer le devoir avant l’élan.

À travers Roxane, Romane Saint-Jean explore :

  • Les amours contrariés et les destins gâchés ;

  • Le poids durable de l’éducation et des normes sociales ;

  • La famille comme espace de construction mais aussi de contrainte ;

  • Les conséquences psychologiques des choix imposés par une époque.

Ces thèmes, récurrents dans l’œuvre de l’autrice, donnent au roman une portée qui dépasse le cas individuel pour toucher à une expérience largement partagée.

Une écriture centrée sur la psychologie et le contexte

Romane Saint-Jean privilégie une approche psychologique des personnages. Les drames et les incidents évoqués dans le roman ne sont jamais isolés ou artificiels : ils émergent d’un enchevêtrement précis entre caractère individuel et environnement social.

L’autrice montre comment des situations apparemment ordinaires peuvent conduire, sur la durée, à des bouleversements profonds. Son écriture, décrite par les lecteurs comme fluide et facile à lire, favorise une immersion progressive dans l’univers intérieur des personnages, sans jamais sacrifier la complexité émotionnelle.

Extrait

Lucile, la plus jeune fille de Roxane, était montée s’installer à son bureau, au premier étage. Le bureau faisait face à une baie vitrée d’où l’on apercevait le jardin. Lucile n’aimait pas être tournée vers un mur. Elle préférait plonger son regard vers la nature, regarder les fleurs et les oiseaux et même parfois, un écureuil qui venait ramasser des noix. C’était plus joyeux. Elle souffrait, peut-être, d’un peu de claustrophobie. Elle craignait les espaces clos. En cette fin septembre, le jardin était encore plein de roses et les arbres n’avaient pas perdu leurs feuilles. C’était un bel écrin pour écrire. Elle ouvrit le deuxième cahier écrit par sa mère, Roxane. Elle ressentait une joie profonde à évoquer celle-ci. Tout n’était pas toujours gai dans son histoire mais les rôles s’étaient inversés. Aujourd’hui, c’était elle qui redonnait vie à sa mère. Elle aimait bien ce rôle de magicienne qui lui conférait un certain pouvoir et aussi beaucoup de liberté. Elle avait laissé les cahiers de côté tout l’été car elle pensait que sa petite-fille, Mila, reviendrait la seconder dans son entreprise de déchiffrage comme elle l’avait fait pour le premier cahier. Il s’agissait bien de déchiffrer car Roxane écrivait fort mal ce qui pouvait être décourageant. Mila avait semblé intéressée par ces mœurs d’un autre temps et elle était venue régulièrement pour lire avec Lucile les aventures de leur fantasque aïeule. Lucile en avait tiré un premier roman qu’elle avait distribué à sa famille. Il était prévu que dès la rentrée scolaire, Mila et elle s’attaquent au deuxième cahier.

Romane Saint-Jean : écrire depuis la transmission et l’observation

Romane Saint-Jean est le pseudonyme de Marièle Collin, ancienne professeure de français aujourd’hui à la retraite. Son parcours dans l’enseignement a nourri son amour de la littérature et affiné son regard sur les situations humaines. Au fil de sa carrière, elle a été souvent émue par les problématiques familiales de ses élèves, découvrant derrière les parcours scolaires des histoires chargées de tensions, de silences et de drames intimes.

L’origine de Les rêves fanés ne refleurissent pas, comme celle du roman précédent, se trouve également dans l’histoire familiale de l’autrice. L’idée du récit est née des cahiers laissés par sa mère, dans lesquels était consignée une histoire de vie singulière. Ces écrits ont constitué une matière première que Romane Saint-Jean a transposée en fiction, cherchant à dépasser l’intime pour atteindre une portée universelle.

Cette double source, l’observation du réel et la mémoire héritée, irrigue l’ensemble de son œuvre et explique la cohérence de ses thèmes : enfants mal aimés, vies de femmes écrasées par les conventions, destins façonnés par l’éducation et l’environnement.

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Valorisation littéraire et inscription éditoriale

Quatrième roman de Romane Saint-Jean, Les rêves fanés ne refleurissent pas s’inscrit dans une œuvre déjà constituée, marquée par une forte cohérence thématique. Il prolonge Comment on coupait les ailes des filles tout en affirmant sa singularité, et confirme une écriture tournée vers la famille, la mémoire et les destins féminins.

Le roman est disponible sur Amazon et peut être commandé à la FNAC, chez Cultura, dans toute librairie ou auprès de l’éditeur Librinova. Il s’adresse à un lectorat sensible aux récits familiaux, aux portraits psychologiques et aux textes qui interrogent la place des femmes dans un cadre social contraint.

Infos pratiques

  • Titre : Les rêves fanés ne refleurissent pas ;
  • Autrice : Romane Saint-Jean ;
  • Éditeur : Librinova ;
  • Date de parution : 27 novembre 2025 ;
  • Nombre de pages : 251 ;
  • ISBN : 1040594778.

En savoir plus

Le livre : https://www.librinova.com/librairie/romane-saint-jean/les-reves-fanes-ne-refleurissent-pas

Facebook : https://www.facebook.com/mariele.collin.3/

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